Bruno Heubi dans les temps

Sa fraîcheur à l’arrivée n’a pu contenir quelques larmes. « Parce qu’on ne peut pas être un vrai cent bornard sans avoir fait Millau », explique-t-il. Lui l’a gagné dans un temps «honorable» de 7h33, mais sans contestation aucune, sans puiser dans ses réserves. Pour une première participation, à 45 ans.

Il s’excuse presque de cette trop longue absence. Lui qui a lu et relu Serge Cottereau au point de l’étreindre et de le remercier sur le podium d’arrivée. Pour avoir fait les 100 km de Millau et son esprit à nul autre pareil, plus généralement pour lui avoir donné le goût et les bases de la course à pied.

S’il n’était pas là donc, Bruno Heubi, c’est parce que le «maillot de l’équipe nationale ne se refuse pas». De son premier 100 km réalisé par curiosité en 1996 et dont il se serait aisément satisfait de terminer sous les 9 heures, il a tiré la conclusion, 7h54 après le départ, que cette distance était faite pour lui.

Fier de sa tunique bleue, assez en tout cas pour ne pas la bouder, il  n’a jamais pu s’aligner en Aveyron, collectionnant par ailleurs les titres ou les places de référence (deux titres de champions du monde par équipes, entre autres).

Samedi, il a pris le départ avec une petite idée derrière la tête. «Je n’étais pas venu pour faire deuxième», glissera ce professeur d’EPS, licencié au club de Reims, que la passion a également poussé à devenir entraîneur (notamment du champion du monde de la distance Pascal Fétizon).

Il anime à ce titre un site internet très documenté (www.sportnat.com/100km) et ne manque pas une occasion de promouvoir cette discipline. «Pour montrer qu’on peut en faire à tous les niveaux, ce n’est pas qu’une course de fous.»

Sa connaissance de la course et du milieu, son expérience l’ont en tout cas préservé d’une erreur: celle d’attaquer l’épreuve en bombant le torse, fut-ce le 20e cent bornes de sa carrière.
«Je me connais parfaitement, coupe-t-il. J’ai fait une course d’attente. Je savais que je devais passer à Millau en 3 heures, que la course commencerait au 70e km.»

Erreur, il avait gagné, par élimination, avant cette limite. Pas plus Bruno Laroche, triple vainqueur mais un peu court, que Rodolphe Jacottin, spécialiste du 24 heures (!) et sa stratégie «au feeling» (sic) qui l’ont fait virer en tête à Millau après les 42 km initiaux, ou que Christophe Morgo, deux fois second à Millau et le dernier à lui tenir tête (jusqu’à la première ascension de Thiergues), personne donc n’aura eu raison de la supériorité, la détermination ou la stratégie de Bruno Heubi.

De sa sagesse aussi. Car écoutant les gens qui lui parlaient de Millau dans le milieu, il avait préparé son coup avec tant de minutie : quatre jours de repérage in situ, reconnaissance du parcours, entraînement spécifique au profil depuis trois mois. La veille au soir à l’hôtel avec sa femme, il avoue s’être entraîné au «double laçage» de chaussures, pour ne pas perdre trop de temps en haut de Tiergues au moment de changer ses baskets, privilégiant en cette fin de parcours l’amorti à la légèreté.

Bruno Heubi avoue son angoisse : qu’il ait été trop tard pour dompter Millau. Il ne se le serait pas pardonné…