Je règle mon pas sur le pas de mon meneur

Ce fut une première mondiale, jamais l’expérience n’avait été réalisée sur un 100 km. A l’instar du marathon, où pour ceux qui se fixent un objectif chronométrique, des «meneurs d’allures» offrent la possibilité de se caler dans le pas de coureurs confirmés, les 100 km de Millau s’étaient vus affublés cette année de 11 «lièvres». C’est Bruno Heubi, magicien du bitume, qui les avaient sortis de son sac de sport.

Une expérience inédite, mais qui n’était pas gagnée d’avance, surtout à Millau. Bruno Heubi s’en explique : « Tout d’abord, parce cette épreuve est la référence sur cette distance. Tout coureur de 100 km qui se respecte rêve de courir Millau et même chez ceux qui connaissent peu le 100 km, c’est une épreuve qui est citée systématiquement lorsque vous annoncez que vous êtes un cent bornard.

Ensuite, parce que les délais autorisés (24 h) en font une épreuve de masse pour laquelle les meneurs vont concerner un grand nombre de participants. Et puis parce que le renouvellement des coureurs fait que 60 % sont des novices, inexpérimentés face à un tel challenge que représente le fait de courir 100 km. Enfin, parce que la difficulté du parcours en fait une épreuve unique où la gestion de la course est primordiale. L’expérience du meneur va alors se révéler essentielle. »

L’idée était belle, encore fallait-il trouver ces fameux coureurs d’expérience. « J’ai accepté ce rôle parce que je suis passionné par l’ultrafond, et pour moi Millau en est la représentation la plus belle, annonce Noël Bizeul, meneur à 13 h. C’est aussi et avant tout une véritable aventure humaine, et aider des personnes à boucler ce 100 km de légende, qu’ils soient novices ou pas, est pour moi la plus belle des récompenses ».

Comme lui, 10 autres coureurs ont accepté le challenge proposé par Bruno Heubi, et devaient régler leur pas pour en finir entre 9 h, pour le plus rapide, et 16 h, avec parmi eux Anne-Cécile Fontaine, seule féminine, et meneuse d’allure en 11 h. Quatre critères de choix avaient été établis par Bruno Heubi : que leur expérience dans la course de fond soit réelle, qu’ils aient couru Millau plusieurs fois afin d’avoir une parfaite connaissance du parcours, qu’ils aient de la marge par rapport à l’allure qu’ils ont à mener, et qu’ils aient un état d’esprit suffisamment altruiste pour s’investir dans le projet avec la plus grande volonté.

« L’idée de servir de base et peut-être, d’être un catalyseur pour certaines personnes afin de les aider à réaliser leur objectif me séduit assez, affirme Vincent Bompart, meneur à 12 h. Mon but est d’essayer de transmettre l’espace d’une course ma modeste expérience à des gens qui n’ont pas de repères sur ce genre d’épreuve, comme j’aurais aimé qu’on me fasse lors de mon premier 100 km ». Vincent Bompart à terminé sa course en 12h30’, objectif atteint. Cependant, deux meneurs d’allure auront dû abandonner avant la fin. Même pour les coureurs les plus chevronnés, Millau ne se laisse pas apprivoiser comme ça…