La balade des cent-bornards heureux

Les 100 km de Millau sont éternels. Une épreuve décalée, à contre-courant du sport-loisir, du sport-spectacle, du sport-flashy, du sport-business. Malgré les années, la difficulté du parcours, les modes, l’épreuve phare de la discipline conserve toute sa magie et son pouvoir de séduction. Il n’y a rien à gagner, sinon une victoire sur soi-même. On y vient seul, entre amis, en famille.

Samedi, sous un doux soleil d’automne, ils étaient encore 1500 sur la ligne de départ, avenue Jean-Jaurès. Après la sonnante prestation de l’Elan Millavois et les flonflons de l’’accordéon, le starter a donné le départ de cette 34e édition.

Une explosion de joie, de gaieté, conforme au parcours proposé par la première boucle. La température est idéale, les jambes toutes fraîches et souples, l’humeur joyeuse, les paysages de l’entrée dans les Gorges somptueux, les voitures absentes.

Les premiers kilomètres sont avalés bon train jusqu’à Aguessac, point de liaison avec les accompagnateurs. Après le pont, à la sortie du village, la foule est considérable. On se croirait dans l’Alpe d’Huez. La constitution du couple coureur-accompagnateur est périlleuse.

L’accompagnateur s’est l’ami,  le confident, l’entraîneur. Il parle, encourage, donne les temps, distrait, alimente… Indispensable, pas question de le louper.

Du côté des cadors de la course, les hostilités sont engagées dès le début. Rodolphe Jacottin est parti comme un boulet de canon sur un rythme effréné. Derrière, un petit groupe, composé de Bruno Heubi, Bruno Laroche, triple vainqueur de l’épreuve, Christophe Morgo, deux fois second, suit à distance, sur une stratégie d’attente. 2 h 56′ plus tard Jacottin vire en tête à Millau.

Il fait mieux que Franck Trani sur le marathon. Les poursuivants sont à 7′. Mais le leader a sans doute présumé de ses forces. Dans la descente de Saint-Georges, il est lâché irrémédiablement par Bruno Heubi, qui distance  à son tour Christophe Morgo. La côte de Tiergue révèle les forces et accentue les différences. Les positions ne changeront plus.

A 45 ans pour sa première participation Bruno Heubi l’emporte en 7 h 33 avec une petite avance de 5′ sur Morgo, une troisième fois sur la deuxième marche du podium. Emmanuel Conraux prend la troisième place devant Jacottin qui en 8 h 12′ paye chèrement son début de course ultra-rapide. Le Sud-Aveyronnais Abel Gonzales termine à la onzième place en 8 h 47′. Une bonne perf’ pour le coureur de Sainte-Eulalie.

Alors que les meilleurs arrivent au Parc de la Victoire, beaucoup de participants en finissent avec la première boucle.  Après le passage à Millau, c’est une nouvelle course qui commence. Le vrai rendez-vous avec soi-même. Le parcours devient plus dur, les jambes sont raides, la nuit va tomber. Ce n’est plus dans les muscles que les coureurs vont chercher l’énergie pour continuer à avancer. Désormais c’est le mental qui prend les commandes.

Chacun se retrouve en face de ses objectifs : battre son meilleur temps, gagner un pari, donner un sens à des mois de préparation, finir tout simplement, vaincre une maladie, un handicap, repousser les années qui passent… Les derniers arriveront au petit matin après un long cheminement intérieur.

C’est toute la magie des 100 km de Millau. A l’année prochaine ! La date est déjà fixée, ce sera le 23 septembre 2006.