Christophe Vissant court les 100 km de Millau, en attendant Sydney…

21 000 km, en 285 jours et sans un seul jour de repos. C’est le défi que va relever Christophe Vissant. Début 2009, il s’élancera d’Aubagne (Bouches-du-Rhône) à destination de Sydney, en Australie, avec l’objectif de battre le record du monde de la course à pied la plus longue. Dans le cadre de la préparation de son aventure, il participait ce week-end à la 36ème édition des 100 kilomètres de Millau. Il s’agit de sa troisième participation à ce rendez-vous qu’il juge « mythique. Pour les cent bornards, c’est sans conteste l’épreuve  la plus prestigieuse en France. Une course de folie, où il faut faire preuve de courage et d’humilité », observe le postier aubagnais.

En 2005, il lui en aura justement fallut du courage et de l’humilité pour venir à bout de ses premiers 100 km de Millau. Notamment sur les redoutables côtes de la seconde boucle du parcours, qu’il arpentait pour la première fois. A bout de forces, il termine l’épreuve « au mental », et finit 643ème en 14h et 53mn. De l’édition suivante, Christophe Vissant gardera un souvenir bien plus amer. Victime d’une double entorse, il a dû abandonner la course au 59ème km.

Cette année, Christophe Vissant ne s’est donc fixé qu’un objectif  : passer la ligne d’arrivée. « Espérer faire un chrono serait un leurre tant le dénivelé est important, estimait le coureur avant le départ. Finir serait déjà fantastique ! » Sachant très bien ce qui l’attendait, il ne partait plus à l’aventure. Avec l’aide de Philippe, son fidèle suiveur, il a mis sur pied un plan d’action pour tenter de tenir la moyenne de 8 km/h. « Mais tout dépendra de la forme du jour » prévient-il dans la foulée. Christophe a finalement terminé ses cent bornes, samedi, en 12h51′.

Après avoir couru 5 066 km en 2005, Christophe Vissant a intégré l’an dernier le petit cercle des coureurs ayant parcourus plus de 7 000 km en une année (soit près de 20 km par jour). Sur les 9 premiers mois de 2007, le sportif a augmenté la cadence dans la perspective du défi Aubagne-Sydney : il s’astreint désormais à une distance quotidienne d’environ 30 km.

En février dernier, il s’est par ailleurs illustré en ralliant Aubagne à Juan-les Pins, d’une traite. Un parcours de 170 km, effectué en 28 heures, et accompli pour rendre hommage à Serge Girard, l’actuel détenteur du record du monde de la course à pied la plus longue. En juin, Christophe Vissant a également participé aux 24 heures de Granville, en Normandie. Avec 145 km au compteur, il a terminé 19ème de l’épreuve (sur 60 participants).

Rallier Aubagne à Sydney en courant, et sans un jour de repos. C’est le défi que s’apprête à relever Christophe Vissant, un Aubagnais, chef d’équipe à la Poste, fondu de course à pied. Son objectif : battre le record du monde de la course à pied la plus longue, détenu depuis 2006 par le Français Serge Girard, qui a parcouru 19 093 kilomètres entre Paris et Tokyo en 260 jours.

L’«ultrarunner » du Havre  a lui-même défini le règlement du record. L’allure est libre, le coureur peut courir et se reposer le temps qu’il souhaite, la distance minimale à parcourir chaque jour ne pouvant être inférieure à 8% du kilométrage moyen couru par jour pendant la traversée, soit environ 75 km quotidiens.

S’il parvient à Sydney en temps et en heures, Christophe Vissant établira les nouvelles bases du record du monde avec 21 044 km, soit l’équivalent de 500 marathons, parcourus en un peu plus de 285 jours. Il deviendra par ailleurs le plus jeune coureur – il fêtera ses 40 ans pendant son défi – à traverser trois continents d’une seule traite.

La petite histoire

Battre le record du monde n’est pas la motivation première de Christophe Vissant. En ralliant Sydney, il cherche certes à repousser ses propres limites, mais il veut surtout réaliser son rêve d’enfant : plonger sur la grande barrière de corail. Il aurait pu s’y rendre en avion, mais il aurait ainsi trahi le serment qu’il a prêté devant une tortue de mer, il y a maintenant 4 ans.

Mer Rouge, avril 2003. Plongeur émérite, Christophe Vissant est victime d’un terrible accident de décompression. Il passe alors une semaine complète dans un caisson hyperbare. Le pronostic des médecins n’est guère rassurant. Si la petite bulle d’azote coincée dans son oreille interne remonte vers le cerveau, ils envisagent au mieux une hémiplégie, au pire une tétraplégie. Dans ses songes, entre délires et douleurs, cette fameuse tortue de mer croisée quelques minutes avant son accident lui chuchote inlassablement : « Si tu crois vraiment à ton rêve, il se réalisera ». Il lui fait alors une promesse : « Si je m’en sors, j’irai à Sydney en courant ».

Finalement, Christophe a retrouvé l’usage des ses jambes. Depuis, il ne cesse de courir après son rêve.

Pourquoi court-il ?

• Avant son accident de plongée, Christophe Vissant n’aimait vraiment pas la course à pied. En tant qu’ancien footballeur « semi-pro », il avoue même que l’idée de courir « autrement qu’après un ballon » le rebutait au plus point. Aujourd’hui, après l’épreuve qu’il a surmontée en Mer Rouge, il ne peut plus s’en passer. « Courir, ce n’est que du plaisir. Non pas pour battre quelqu’un, mais pour atteindre un but » précise-t-il. « Quand tu cours, tu te retrouves en synergie avec toi-même. Ton corps et ton esprit ne font plus qu’un et plus rien ne peut t’arrêter. »

• Certains pères ont envie de léguer à leurs enfants un bien immobilier ou l’argent qu’ils ont capitalisé au fil de leur carrière. A travers Aubagne-Sydney, Christophe Vissant souhaite laisser un tout autre héritage à ses deux filles, Marie (10 ans) et Lisa (7 ans). Convaincu de « la puissance et de la résistance de la volonté humaine », le postier veut en effet leur montrer que « dans la vie, tout est possible. Même l’impossible ! »

• Dans le même ordre d’idées, Christophe Vissant veut adresser un message d’espoir à tous ceux qui luttent dans leur chair. Lui qui s’estime « miraculé de la vie » veut leur montrer que jamais rien n’est acquis : « Dans le malheur comme dans la douleur, l’homme peut se transcender en se raccrochant à ses rêves. »

• En courant jusqu’à Sydney, pour ensuite aller plonger sur la grande barrière de corail, Christophe Vissant désire alerter le public sur le devenir du plus grand être vivant de la planète. A cause du réchauffement climatique, et de l’exploitation touristique de ce site remarquable, le corail commence par endroit à blanchir, et donc à mourir. « En l’état actuel des choses, son espérance de vie ne dépasse pas les trente à quarante années » prévient-il. En outre, le coureur veut aussi rendre compte des conséquences de la pollution atmosphérique dans chacun des 23 pays qu’il va traverser.

Un projet d’équipe pour une course en solitaire

Aubagne-Sydney n’est pas seulement le défi personnel de Christophe Vissant. C’est aussi, voire surtout, celui d’une équipe professionnelle, motivée et soudée autour d’un objectif commun. Tout au long des 21 000 km de son périple, le coureur sera accompagné par cinq personnes. Chacun aura un rôle précis et tous seront aux petits soins pour qu’il n’ait à penser qu’à sa course.
L’équipe sera composée de :
– deux suiveurs. En plus des ravitaillements (tous les 4,5 km), ils seront chargés d’apporter réconfort et motivation dans les moments difficiles.  
– un kinésithérapeute. Il veillera sur les muscles et les articulations de Christophe qui passera entre ses mains dès qu’il aura achevé l’étape du jour.
– un podologue. Il surveillera de près les pieds de Christophe afin d’éviter ampoules et brûlures susceptibles de le contraindre à l’abandon.
– un logisticien/chargé de communication. Il s’occupera du ravitaillement, des bivouacs, des passages de frontière… Il sera également chargé de la mise à jour quotidienne du site Internet du défi, de prendre des photos, et de filmer les moments forts de l’aventure.

Aubagne-Sydney : le parcours

Le départ d’Aubagne-Sydney sera donné devant la maison de Christophe Vissant, au pied du Garlaban. Le coureur rejoindra d’abord Paris avant de passer ensuite par Besançon, sa ville natale. Une fois quittée la France, il traversera 22 pays : Allemagne, Autriche, Italie, Slovénie, Croatie, Monténégro, Albanie, Macédoine, Grèce, Turquie, Iran, Turkménistan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizistan, Chine, Vietnam, Cambodge, Thaïlande, Malaisie, Indonésie et enfin Australie.

Aubagne-Sydney : l’organisation

L’équipe ainsi que tout le matériel nécessaire au bon déroulement du défi voyageront dans un 4×4 et un camping-car. Le premier véhicule « ouvrira la route » à Christophe Vissant et embarquera les deux suiveurs qui veilleront constamment sur le coureur. Le camping-car servira lui de « camp de base » lors des bivouacs quotidiens installés tout au long du parcours. Il permettra aussi de reconnaître le trajet du lendemain et sera utilisé pour le ravitaillement de l’équipe en produits frais.

Aubagne-Sydney : le calendrier

La date précise du départ n’est pas encore fixée. Pour l’heure, Christophe Vissant sait simplement qu’il veut arriver à Sydney durant la 23ème édition du Téléthon. Par l’intermédiaire du site Internet du défi (actuellement en construction), le coureur veut se servir de son aventure, et de sa médiatisation, pour aider l’Association française contre les myopathies. Les internautes, qui pourront suivre pas à pas la progression de l’équipe, seront ainsi invités à déposer un don via un bouton Paypal (transaction sécurisée). Pour le coureur au long cours, il s’agit là d’une source de motivation supplémentaire.

Actuellement, l’équipe met les bouchées double afin de finaliser la cartographie du défi, notamment en Chine. Il reste pour l’heure une seule zone d’ombre : le passage entre l’Indonésie et l’Australie. Une fois le parcours finalisé et les étapes identifiées, Christophe Vissant pourra fixer la date précise de son départ.

En coulisses, l’équipe s’active également pour réaliser les outils de communication nécessaires à la médiatisation du défi (dossier de presse complet, site Internet). Par ailleurs, une association va bientôt voir le jour. Elle servira à structurer l’organisation d’Aubagne-Sydney, et à oganiser des manifestations publiques autour du défi et des valeurs qu’il véhicule.

Autre cheval de bataille : la recherche de partenaires financiers. Le budget du défi Aubagne-Sydney est pour l’heure évalué à 900 000 euros. Une somme à la hauteur de l’exploit que veut accomplir Christophe Vissant. L’équipe va donc solliciter de grandes marques en leur proposant de s’associer à l’aventure.

Sur un plan purement sportif, Christophe Vissant va accélérer sa préparation physique et mentale. A partir du 2 janvier 2008, il s’est fixé l’objectif de courir deux marathons tous les deux jours en intercalant une journée de repos entre deux séances d’entraînement. L’objectif : être fin prêt pour la répétition générale du défi. Le 14 avril 2008, le postier aubagnais fêtera en effet ses 39 ans en mettant le cap sur Paris, l’idée étant de rôder l’équipe et de montrer aux sponsors qu’il est capable de tenir le rythme de 75 km par jour.

En attendant, Christophe Vissant a prévu de s’aligner au départ de plusieurs courses. Le 7 octobre, il partira à l’assaut de la 26ème édition de la Montée de la Sainte-Baume, un semi-marathon classé « course de côte et de montagne ». Sur cette épreuve organisée par la Maison des Jeunes et de la Culture d’Aubagne, comme sur les suivantes, il portera les couleurs de la MJC qui a souhaité le soutenir dans son « aventure humaine ». Trois semaines plus tard (le 28 octobre), il participera au classique Marseille-Cassis.

Du 17 au 25 novembre, il compte également prendre part à la « No Finish Line », une course-espoir organisée chaque année à Monaco à l’occasion de la journée des droits de l’enfant. Le principe : pendant 7 jours, un circuit d’environ un kilomètre est ouvert 24h/24 aux marcheurs et aux coureurs. Pour chaque kilomètre parcouru, l’association Children & Future s’engage à reverser 1 euro par kilomètre parcouru au profit d’enfants souffrant de malformations cardiaques. L’ambition de Christophe Vissant : courir 75 km par jour pendant sept jours.