Eric Guy, dossard 169 : « J’adore cette course »

Veillée d’arme
Pour ma pomme c’était la 9ème participation et pour Alain la 7ème, te dire si on connaît le parcours. Cette année encore, nous sommes partis en binôme, comme 2 guerriers à l’assaut de la côte de Tiergues (et des autres en prime). Je passe sur le voyage (quasiment) sous le soleil et sans incident (merci à mon patron pour le prêt du véhicule). A noter que cette fois-ci, pour arriver à Millau, nous sommes passés sur le viaduc (en fait, j’ai pas fait exprès, c’est le GPS qui commandait…) et donc nous en avons profité pour faire une halte à l’aire de contemplement (y’a pas d’autre mot) de ce magnifique ouvrage. Arrêt photo obligatoire puis direction le Parc de la Victoire, siège de l’organisation des 100 km et lieu incontournable pour tout cent bornard qui se respecte.

Nous arrivons juste au moment où le boulodrome qui servira de dortoir ouvre ses portes d’où notre installation immédiate du campement pour les 48 heures à venir. Des lits « picot »  (ceux qui ont fait l’armée comprendront) sont à disposition, on gonfle les matelas, on installe le duvet et direction la salle des fête. Il y a déjà une belle affluence mais la remise des dossards se passe sans aucun soucis, ni attente, et avec le sourire car tout était déjà prêt.

On nous remet notre sac en échange de la contremarque expédiée à domicile. On récupère les tickets pour la pasta-party et direction le centre-ville pour trouver un cyber café afin de mettre un petit mot sur le blog à l’attention des Ferbérians.

Ensuite, on se dirige place du Mandarous et plus particulièrement vers le bar du même nom pour sacrifier à la tradition spiridonienne et lever notre demi à la santé de nos amis restés à Nice. De retour au Parc de la Victoire, on va s’attabler pour la Pasta Party et on en profite pour discuter avec les coureurs présents des 100 km passés et à venir.

L’ambiance est sympa, les pâtes à la bolo sont très bonnes, un orchestre de jazz accompagne le tout et en prime on a droit, sur écran géant, à la diffusion de l’épreuve de 2007 (mais on ne s’y verra pas, dommage). Puis c’est le temps des derniers préparatifs et de quelques photos avant une extinction des feux vers 22h30. La nuit sera « agitée », je n’ai pas l’habitude de découcher et le matelas gonflable n’est pas idéal… surtout avec Alain qui ronfle toujours autant !!! Pour l’anecdote, mon voisin de droite déménagera son lit car il était pris entre deux feux : un gros Italien avec le nez bouché sur sa droite et Alain à sa gauche avec moi intercalé (mais silencieux… enfin je crois).

La course
Debout vers 6h45 (pas la peine de mettre le réveil, personne ne se levant à la même heure, c’était « remuant » sur le matin), un débarbouillage rapide à l’eau minérale dans la fraîcheur millavoise (moi franchement si j’ai pas ma douche le matin, c’est pas le top, mais bon Millau c’est Millau alors on fait avec) et en route pour le petit déj’ en compagnie d’Alain et des coureurs plus ou moins réveillés (certains sont même en tenue et prêts à partir alors qu’il est à peine 7h30 !!!).

On mange tranquillement, sans se presser, quelques photos pour immortaliser l’instant et on se met en tenue. Le maillot et le short sont prêts, la crème anti-frottement appliquée, le bandana noué, les lunettes sur le nez, les gels énergétiques dans les poches, un dernier coup de fil à ma femme et je pose le sac d’arrivée au vestiaire. On passe se faire pointer le dossard à la « poële à frire » puis c’est l’attente dans la cohue des cent-bornards et marathoniens agglutinés dans l’allée du Parc de la Victoire.

9h30, les accompagnateurs à vélos sont priés de partir vers Aguessac pour laisser la place aux coureurs. La fanfare est là et tout le monde part, style manif, vers le départ réel. Excellente ambiance, on retrouve dans le cortège nos amis varois Camille Disdier, Marie-Christine et Jean-Louis Dehaies et Jacques Pituello, sans oublier leurs accompagnateurs (et trices) (bises à tous) mais pas de traces de Thierry Kerhornou (en fait il était déjà sur la ligne de départ).

Et à 10h, la délivrance, fini le stress de l’attente : on part !!! A partir de là, c’est chacun pour soi et 100 bornes pour tous.

De mon côté, je déroule facilement les 30 premiers kilomètres à 11 km/h de moyenne, me ravitaillant régulièrement et buvant beaucoup. A l’approche du 35e, je reprend Thierry parti avec le meneur d’allure des 9h, il est en difficulté mais continue à courir. Curieusement, c’est à ce moment que j’ai un petit coup de moins bien. Plus du tout les mêmes sensations, l’impression de courir dans la semoule, une lassitude curieuse et incontrôlable qui va durer une vingtaine de kilomètres et je vais donc perdre régulièrement du temps ne tournant plus qu’à 10 km/h. Je passe tout de même au Marathon en 4h à la 224e place.

Je mange un peu de pain-jambon en marchant et je croise alors Camille et Jean-Louis qui arrivent ensemble. Tandis que je continue de me ravitailler, ils me passent et on s’encourage mutuellement.

Je repars sous les encouragements des nombreux spectateurs présents en ville. Je rattrape Jean-Louis au train et suis Camille (accompagnée par Isabelle à vélo) au pied de la côte de Creissels. Là, comme je ne suis pas au taquet, je décide de marcher dans la montée surtout que Camille a pris le large. Je vais donc grimper sans forcer jusque sous le Viaduc, ne recommençant à courir que quand ça redescendra au niveau du 50e km (passé en 5h). J’apprendrai par la suite que Thierry a abandonné au 45e.

Je suis toujours dans le pâté mais j’avance vaille que vaille, serrant les dents et attendant de meilleurs moments. Je commence à avoir l’habitude des longues distances et je sais que je passe toujours par des phases hautes et des phases basses, le tout étant de laisser passer les périodes de doute sans décrocher mentalement. Donc je résiste dans la chaleur (25°C) du côté de Saint-Georges-de-Luzençon. Un petit coucou aux Varois à Saint-Rome-de-Cernon, ils m’apprennent que Camille possède une dizaine de minutes d’avance sur moi. Ça me motive, j’ai surmonté ma période de défaillance et j’attaque gaillardement la côte de Tiergues. Au pied de la montée, stupeur, le leader de la course est là, arrêté à côté de la voiture ouvreuse. Il est plein de crampes et va abandonner, laissant le champ libre à son second. Je grimpe donc Tiergues en petites foulées et, presque en haut, j’aperçois Camille assis sur le talus. Isabelle l’assiste, je m’arrête pour prendre des nouvelles. Camille, bien en jambes jusque là, a eu un petit malaise l’obligeant à stopper net. Il n’est visiblement pas en état de repartir. J’attend un peu, l’aide à se relever avec Isabelle et leur conseille de marcher jusqu’au prochain ravito, 2 kilomètres plus bas. Je repars ne cessant de penser au pauvre Camille en détresse. Nouveau sandwich au jambon, je cherche les secouristes, ne voit personne et donc je repars « à donf » dans la terrible descente vers St Affrique.

Je ramasse pas mal de gars qui ont les jambes tétanisées par le dénivelé. Passage à St Aff en 7h25′ en 172e position. J’essaye d’apercevoir les suiveurs varois au ravito mais je ne vois personne, je m’inquiète encore plus pour Camille. La remontée est un peu plus difficile mais bon ça passe quand même. Je croise le meneur d’allure des 11h puis Jean-Louis et un peu plus loin le duo Marie-Christine/Jacques mais pas d’Alain à l’horizon. Je retrouve avec soulagement Camille et Isabelle au ravito de Tiergues. Camille est allongé, il a dormi et paraît avoir récupéré. Mais il ne repartira pas, conscient de préserver sa santé. Il attendra le bus pour revenir sur Millau. Sage décision. Je donne mon numéro de téléphone à Isabelle en lui disant de me tenir au courant si on ne se voyait pas après l’épreuve. Je repars rasséréné. Je croise énormément de coureurs qui marchent dans la montée. J’essaye d’avoir un petit mot ou un petit signe d’encouragement pour chacun. Beaucoup me le renvoie. Le groupe des 12h passe, les 13h, les 14h et enfin, en bas de Tiergues, les 15h avec Alain dans le groupe. Il est naze mais confiant : il n’abandonnera pas. Moi je suis sur le retour, je ne cesse de calculer mon heure d’arrivée probable et je sais que, si tout va bien et si je continue à ce rythme, je rentrerai en moins de 11h, ce qui était mon objectif.

La nuit tombe, la fraîcheur aussi, je passe sous le Viaduc illuminé et c’est la descente vers Millau. Je croise un couple de personnes d’un certain âge (pour ne pas dire des vieux) qui montent Creissels main dans la main,. Il me reste une poignée de kilomètres et eux plus de 50. Je les salue d’un « bravo les amoureux » et ils me répondent qu’ils sont mariés pour le meilleur et pour le pire et que là, ils vivent le meilleur. Cool, non ?

Je savoure la traversée de la ville en me payant même le luxe de lever le pied pour faire durer le plaisir. Le 99e kilomètre me donne des frissons puis c’est la longue ligne droite menant au Parc de la Victoire que je remonte avec le sourire aux lèvres. Traversée du parc sous les applaudissements du public, je croise Camille et Isabelle qui viennent d’arriver avec le bus et c’est l’arrivée dans la salle des fêtes pour la photo finish. 10h49’59 », j’ai remplis mon contrat et je suis très heureux. Je récupère instantanément mon diplôme et le sac à dos Mizuno donné en cadeau cette année à chaque coureur, du premier au dernier. Je termine finalement 144e. Pas mal pour mes « vieilles » jambes ! Je me précipite au vestiaire pour rassurer ma femme et prendre connaissance des messages des amis. Le froid me tombe dessus à cause de la fatigue, je me couvre rapidement et vais manger. Là, c’est le coup de pompe normal d’après course. Le relâchement est tel que je n’ai pas la force ni l’envie de m’alimenter. Je quémande quelques verres de Coca à des gens bienveillants n’ayant pas la force de me lever pour y aller moi-même et je reste là, affalé, à répondre aux coups de fil des potes.

Camille me téléphone, il va mieux et viendra prendre son repas en ma compagnie avec Isabelle. Entre temps, Jean-Louis termine son 100 km 252e en 11h31’07 » puis ce sera au tour de Jacques 411e en 12h17’37 » et Marie-Christine 413e en 12h18’04 ». Alain n’est pas encore là, je file à la douche (chaude hummmmmmmmm !) et décide d’abandonner mon copilote dans le froid des nuits aveyronnaises pour aller, égoïstement, rejoindre mon merveilleux lit. Je mets par contre pas mal de temps à trouver le sommeil, les coureurs ne cessant d’arriver au fur et à mesure. Certains manquent singulièrement d’éducation car ils se comportent comme s’ils étaient seuls au monde mais bon, la fatigue y est certainement pour beaucoup alors soyons indulgents et restons cool.

C’est à 3h40 le dimanche matin qu’Alain fera sa réapparition. Il a terminé finalement 1039e en 16h22’58 ». Il se met à ronfler dès son passage à l’horizontale. Nuit entrecoupée de réveils intempestifs mais bon, on s’habitue. Le lendemain, on remballe tout, on passe à la salle des fêtes récupérer les photos d’arrivée puis à 9h retour vers Nice. Là encore, RAS, trajet sans problème, mon copilote dort et moi je ressens quand même la fatigue, mais ça passe. Voilà, encore un de fait, vivement l’an prochain qu’on y retourne. J’adore cette course. Elle est certes difficile mais l’organisation est tellement géniale et il y a une telle ambiance que les 100 km passent à toute allure et que la douleur n’est rien à côté du plaisir de courir sur les routes de l’Aveyron. Si vous ne connaissez pas, venez-y même si c’est pour ne courir que le marathon, vous serez emballé par cette communion sportive entre les coureurs de tout horizon, de tout âge et de toute condition. Tentez l’aventure de Millau.