Daloan : « Petit moment d’euphorie à laisser là les marathoniens »

Le casting était bon, les acteurs maîtrisaient leur rôle, les éclairagistes avaient sorti tous leur matos et les figurants étaient à la hauteur de cette superproduction. Mais le film ne s’est pas déroulé tout à fait comme prévu, quoique…

Une confirmation, ce n’est pas le plat pays, la succession de bosses est tout à fait favorable à des fluctuations de forme. Seule exception remarquable, le premier semi que nous parcourons paisiblement et groupés, malgré l’insistance de Dominique souhaitant nous voir nous brûler le ailes prématuremment.

Premier juge de paix une fois franchi le Tarn sur le chemin du retour vers Millau. Un coup de cul à Peyreleau fait éclater l’entente cordiale et désormais c’est chacun pour soi.

C’est le bon moment pour attaquer, il ne reste plus que 78 km à parcourir.

Le reste de la course consistera à s’accrocher quelques mètres à un compagnon d’infortune et à échanger quelques souvenirs de course, puis quelques phrases, 2 mots, un bruit et enfin un simple regard. On va vite à l’essentiel…

J’avais parlé de tôle ondulée pour ce retour, ben j’ai bon. C’est pile poil la vérité. Le bitume a commencé patiemment son travail de sape et le poursuivra jusqu’au marathon qui coïncide bien sûr avec le retour sur Millau. Petit moment d’euphorie à laisser là les marathoniens et à apprécier les encouragements d’un public qu’on ne reverra plus : ils nous montrent le chemin de Creissels et de Sainte Affrique, un peu de l’abattoir, avant de retourner vaquer à leurs occupations.

Le plus difficile est ensuite d’aller à Sainte Affrique. On s’éloigne géographiquement de l’arrivée et on n’est pas sûr de la revoir en bon état. Enfin pas l’arrivée, elle elle est sûre d’être en bon état et ne prend pas une ride d’une année sur l’autre, vous aviez compris.

Donc humblement on s’éloigne de Millau, avec la force de courir, hormis la montée sous les piles du Viaduc qui se termine au panneau du km50, alors qu’on vient juste de croiser celui du km95.

Comme pour le Tour de France, nous analysons les écarts entre Yves et moi, Didier faisant le yoyo à vélo. Je suis une poignée de secondes devant, mais si The Blondinet veut revenir, il lui faudra cravacher…

Le passage le plus éprouvant se trouve entre les 2 côtes, de Saint-Georges-de-Luzençon à Saint-Rome. Le scénario indiquait « prendre de l’élan pour attaquer la montée de Tiergue ». Ben là, j’ai faux. Trop roulant pour marcher, mais très dur de courir 6km de suite. Ça use et ça fait mal là, là et là.

La côte de Tiergue neutralise notre rivalité et les écarts se stabilisent jusqu’à Saint-Affrique. J’accompagne à ce moment là une cycliste en pleine détresse de s’être fait déposer par son coureur de mari dans la montée. J’essaie de lui remonter le moral en lui indiquant que les montées finissent toujours par redescendre, mais rien n’y fait « c’est en montée qu’il a besoin de moi, il va avoir soif ». Ben oui, il patientera quoi ! « Ouis mais c’est que je vais me faire engueuler ». Surréaliste non ?

A Saint-Affrique, nous tombons en plein milieu d’un mariage que je n’avais pas prévu non plus. Z’ont dû organiser au dernier moment, pas possible autrement. Je m’imagine accostant le marié et lui proposant un gel énergétique pour sa nuit de noce au cas où.

Avec ces bêtises et le passage du km 70, j’en oublie de récupérer mes affaires de nuit au ravito et suis bon pour un demi tour qui me permets de découvrir Yves en train de se masser avec un rictus des mauvais jours. C’est bon pour le moral ça, d’autant plus qu’en haut de la côte de Tiergue (on revient sur Millau pour ceux qui ne suivent pas), Didier me rattrape une dernière fois en disant qu’il retourne au chevet du Blondinet, qui est cuit. Il me jette mes affaires mais me laisse le temps de passer un coup de fil à Sabine. Si Cloclo est cuit, plus la peine de se presser de trop. That is in the pocket.

J’apprendrai à mes dépens qu’Yves s’est requinqué dans cette montée qu’il a faite en courant pour n’être plus qu’à portée de fusil de mon dossard. Il revient le bougre avec plusieurs heures de retard sur le scénario original, mais c’est bien en montée, ou plutôt sur un plat un poil montant qu’il me dépose. De 8km/h serein, je passe à 7,5 ronchon et me rabats instantanément sur un objectif de secours : la barrière des 12h30.

Un rapide calcul traduit cela en 7’30 au km sur les 12 derniers du parcours, avec la montée sous le viaduc. Pas gagné… Heureusement la dernière descente permet de relancer et de se caler à 10km/h puis un peu plus de 12 sur les 2 derniers, suffisamment vite pour que Catherine rate une nouvelle fois sa photo à l’entrée du stade. Il faut s’arracher dans la dernière montée et arriver sur le podium après 12h25 de course au milieu des premiers coureurs en train de manger.

Ligne franchie 5’45 après Yves qui, blafard, a commencé sa nuit dans le gymnase. Il avait un contrat en moins de 12h, donc mission pas remplie. Je croise Didier, hilare, qui a cornaqué son coureur sur la fin pour l’empêcher de marcher. Les Basques, frères d’armes des Corses il paraît ? En tout cas réservez le vite pour l’an prochain, il est au point à vélo et dans 2 ans c’est lui qui court.

Dominique aussi, abonné à Millau les années paires et qui termine en 13h10, donc toujours Samedi, accompagné d’une sympathique tendinite rencontrée en chemin et qu’il va trimbaler encore quelques semaines. Un peu de PPG ne fera pas de mal cet hiver avant l’été Pyrénéen 2009.