Objectif Millau… atteint !

La première fois que j’ai entendu parlé des 100 kilomètres de Millau, j’avais 15 ans ; le père d’un de mes coéquipiers au football le fesait chaque année, il était entraîneur d’Athlétisme au MUC de Montpellier, un grand Athlète…et je me disait à l’époque, comment peut-on faire 100 kilomètres en courant ?

Il m’a fallut près de 15 ans pour répondre à cette question…15 ans, 5 ans de course à pied, une centaine de course dont 34 trails, 23 semi-marathons et 8 marathons…jusqu’à ce jour de Septembre 2012 où je me suis mis dans la tête de courrir les 100 kms de Millau, une course légendaire, rêve d’un bon nombre de courreur. Dès lors, une seule chose en tête, quelle sensation a-t-on lorsque l’on franchi la ligne d’arrivée ?

Mais pour penser à franchir l’arrivée, il a fallu d’abord établir une longue préparation, ainsi, les 100kms de Millau sera ma 21ème course de l’année qui débute dès le 20 janvier. 6 Semi-marathons et 4 marathons dont le derniers 3 semaines seulement avant l’épreuve en Ardèche…la machine est lancée véritablement au début du mois de juillet, à 3 mois de l’épreuve, les questions se bousculent dans ma tête…comment se préparer pour un 100kms ? quelle alimentation ? Quels entraînements ?

Au final, 4 sorties de 50kms, Marvejols-Mende mi-juillet et 3 courses (15kms à Valergues, Marathon de l’Ardeche et Semi-Marathon de Teyran) en Septembre m’ont emmenés en date du 28 Septembre.

Avec Bernard, mon accompagnateur sur l’épreuve, nous partons le vendredi 27 en début d’après-midi…à Millau dès 17h, nous prennons connaissances des lieux. Prise du Dossard 348 et rencontre avec d’autres courreurs , pour la plupart, des habitués de l’épreuve.

Alors que les courreurs défilent « Parc de la Victoire », pour nous, il est temps de rentrer se reposer, à moins de 12 heures du départ, seul dans mon lit, la tension est forte…un mélange de peur et d’excitation qui ne disparaitra pas…Excité par le prendre le départ de ce qui sera la plus bel exploit sportif de mes 30 premières années et peur de ne pas arrivé au bout.

7h le samedi 28 septembre, c’est le réveil…dans 3 heures, je serai sur la ligne de départ…le temps de bien déjeuner, prendre une douche et de bien se préparer, tout doit être idéal…8h30, en guise d’échauffement, nous parcourons les 3 kms qui séparent notre camping de la ligne de départ, accompagnés par d’autres courreurs, l’ambiance est bonne, la météo l’est un peu moins.

9h, nous arrivons au Parc de la Victoire pour le rassemblement des courreurs…Bernard et son vélo sont invités à partir pour AGUESSAC au km 6.5 où l’on se retrouvera pour les 93.5kms qui restera à parcourir. 9h30, départ du cortège de 2000 coureurs environs, 1700 partent pour 100kms, les autres s’arrêterons au Marathon. 30 minutes pour faire le tour de la ville en une marche festive dans les rues de Millau. Au fil des mètres, la peur disparait, l’excitation prend le dessus, et l’échange des dernières impressions avec d’autres coureurs du cortège ne fait qu’accroître cette sensation.

10h, Ca y es ! c’est partie ! Enfin, c’est le moment d’écrire une belle histoire…Surtout ne pas partir trop vite et prendre du plaisir !

Les premiers kilomètres passent vite, pourtant la route est bien calme…ma montre m’annonce déjà le km 6, nous rentrons dans le village d’AGUESSAC, noir de monde. Ca fait chaud au cœur !  A la sortie du village, c’est le moment de se rejoindre avec Bernard…un peu surpris, il ne pensait pas me voir si tôt, il est vrai qu’il n’est que 10h34m mais comme je lui ai dit : « je me sens bien ». Les kilomètres s’enchaînent et nous prenons plaisir à profiter du paysage magique des gorges du Tarn. Le Parcours du Marathon ne présente que peu de difficultés, il faut attendre le 21ème kilomètre pour voir la route s’élevait sur environ 600 mètres au cœur d’un joli petit village. Ayant quelques « fourmis » dans les jambes, je décide de faire la montée à bloc, 12-13kms/h  et la décente derrière 15-16kms/h…l’occasion aussi de voir si je suis dans un bon jour…Les kilomètres se poursuivent, Bernard prend régulièrement des nouvelles et n’hésite pas à me mettre en garde pour que j’en garde sous le pied…Au 30ème kilomètre, première mission pour Bernard…trouver les 2 pansements que j’avais préparer dans le sac, le frottement et la transpiration m’ont entaillé les tétons ! C’est également le temps de prendre une belle pose pour la première photo officielle de la journée !

Nous arrivons sur la fin de la première boucle de 42.195kms (Marathon), c’est un passage important, les sensations sont bonnes mais les premiers signes de fatigues sont là…en passant en 4h14m au Marathon, j’espère que je ne suis pas aller trop vite car il en reste encore 58 !!

En route pour Saint Afrique…à l’aube du 47ème kilomètre, se dresse la première difficulté de la journée, une côte de 4 kilomètres sous le viaduc de millau. Je décide de ne pas m’arrêter sur les premiers mettre de l’ascention, ce qui rend difficile le coup de pédale de Bernard qui a bien du mal à monter. Puis au milieu de la montée, je me mets en mode marche, Bernard aussi ! Le vent souffle et je commence à avoir froid…j’en profite pour mettre un coupe vent et pour me redonner du baume au cœur, je lit quelques SMS reçus un peu plus tot de la famille et quelques amis.

Le 50ème kilomètre se profile, le temps d’une petite photo souvenir, le viaduc derrière nous, et les sourires ont laissés place à la concentration… je lance à Bernard :« c’est là que ça commence ! »

Km 53, premier ravitaillement où sont proposé des massages. Je n’hésite pas, 5 minutes pour continuer à avoir les meilleures sensations possible sur le bitume. Nous repartons pour 7 kilomètres de faux plats montants qui paraissent interminable, les jambes tirent et je dit à Bernard : « vivement la monté que je marche un peu !! »  Il me répond: « il n’y a pas de montée avant St Afrique !! » si si Bernard, il y a une montée et quelle montée ! 4 kms d’accension à 10% de moyenne… Nous sommes à St Rome, un petit ravitaillement et voilà la côte qui se dresse devant nous. Je demande à Bernard de prendre une bouteille d’eau et c’est partie pour 4 kms de marche ! Dans la montée, c’est l’occasion de discuter avec d’autres coureurs, tout le monde marche autour de nous, ça rassure un peu, nous sommes au 60ème kilomètre.

Soudain dans le milieu de la montée, le premier de la course arrive, allure modérée, il a beaucoup d’avance sur ses poursuivants…encore 2 belles épingles à parcourir… « Ca sent la bascule !!! » lance alors certains coureur ; Je dit à Bernard : « il y a 6kms de descente jusqu’à St Afrique, il faut que j’arrive à les faire à bonne allure, au moins 11kms/h ! »

Voilà le 65 km, 7h30m de course environ et c’est partie pour la descente, j’attaque rapidement, les jambes répondent bien ! Mais au milieu de la descente, les premières douleurs pointent leur nez ; Derrière le genou droit ca tire, une douleur qui m’inquiète et qui m’oblige à ralentir un peu pour ne pas prendre de risque. Bernard quant à lui, s’inquiète de voir descendre la route aussi longtemps…Et oui, il faudra la remonté tout à l’heure !!

70ème kilomètre, nous rentrons dans St Afrique, il est presque 18h, la ville est animée, belle ambiance qui donne du réconfort même si mentalement, le plus dur est passé ! La douleur ressenties dans la descente m’oblige à faire un petit arrêt auprès des Kinés. Quelques massages, un coup de bombe de froid, ma douleur n’est pas musculaire donc pas d’inquiétude !!

A la sortie de cet arrêt, je suis regonflé à bloc, il reste alors 29kms à parcourir, il est 18h, et je dit à Bernard : «  les 9 prochains kilomètres seront décisifs !! » 9 kilomètres de forte côte que j’attaque, pied au plancher ! Je marche bien sur mais mon allure est bonne, environ 7.5kms/h alors que la pente est très raide…Bernard ne peut pas me suivre, il me rejoindra quelques kilomètres plus loin lorsque la route sera moins ardue. Dans la montée, je double beaucoup de coureur qui ont bien du mal à marcher à vive allure…certains sont très fatigués, d’autres essayent d’oublier leur douleur.

Quant à  moi, je suis bien, je n’ai qu’un seul objectif en tête, rejoindre sereinement le km 80, au début de la décente sur St Rome. Je sais qu’arrivé à ce point, je pourrais commencer à crier victoire et que rien ne pourra plus se passer !

La fin de la montée se profile, dans ce dernier kilomètre d’ascention, je commence à recourir, je me sens très bien et je le dit à Bernard … La descente est là, je tiens une allure soutenu. La nuit commence à tombée, Bernard et moi profitons de ces instants ; on discute tranquillement, la sérénité est bien présente ! Nous recevons quelques appels de proches pour savoir comment ca se passe et pour couronné le tout, nous recevons un appel de mon épouse qui nous préviens de son arrivée à Millau avec mes deux petits bouts !!

La descente se termine, nous voilà de nouveau à St Rome, il faut s’équiper pour la nuit ; Bernard me donne ma lampe frontale et mon gilet de signalisation . Le temps de boire un peu et je ne m’attarde pas, je repars aussitôt laissant Bernard se restaurer tranquillement !!

Nous sommes au 85ème kilomètre, et il n’y a plus de doute, je vais vivre ce dont je rêve depuis plus d’un an l’arrivée des 100kms de millau…plus rien ne me fera douter.

Dans la nuit noire à présent, nous croisont encore de nombreux coureurs sur le chemin de l’allé ; mon rythme est régulier, aux alentours des 10kms/h…Les lumières du village de St Germains nous accueil, il est 20h30, il fait 20°C…l’avant dernier ravitaillement juste avant d’attaquer la dernière difficulté de la journée…J’en profite pour faire un dernier arrêt Kiné et c’est reparti !!! Je fais les premiers kilomètres de l’ascention en courant, Bernard suit, non sans peine car la route s’élève déjà bien ! Puis, retour à la marche, pour le plus grand bonheur de Bernard qui me dit : « A quand même ! Je me demandais quand tu allais t’arrêter ? ». Nous avons passez le 90ème, devant nous se dresse le viaduc de millau éclairé…

Fin de la montée, une descente de 3kms qui permet de se relacher une dernière fois. Dans cette descente, l’émotion me gagne, je vais terminer cette course dans les environ des 12 heures comme je l’avais espérer !!! Entre bien être et fatigue, les nerfs sont à fleur de peau et mes yeux sont légèrement embués !

C’est la fin, nous traversons les derniers villages, il est presque 22h, et arrivé au 96ème, j’ai ressenti le besoin de marcher…les jambes sont HS, sans quelles me fassent males, elles ne répondent plus. Je dis alors à Bernard : «  on fera pas 12h mais tans pis, l’essentiel est ailleurs !! »

Millau est là, je me sens alors obligé de recommencé à courir alors que le 98ème kilomètre se présente à nous. Millau semble très éclairé ce soir, les passant nous regardent  impressionnés . Je dis à Bernard : « Avance toi au 99ème, trouve un passant qui nous prennent en photo ! »

99ème, le passant et Bernard m’attendent, prêt pour une photo souvenir…le temps de faire deux clichés, c’est l’heure de se féliciter avec Bernard pour la journée, l’heure pour Bernard de me quitter, je ferai le dernier kilomètre seul !

Un dernier kilomètre magique, un des plus court que j’ai jamais parcouru tellement la ferveur et l’émotion étaient belles. De l’entrée dans le Parc de La Victoire au Podium d’arrivé, le temps fut encore trop court pour apprécier à sa juste valeur ce qu’on vient de réaliser.

Le podium est là, au cœur de la salle pleine, il est 22h15, « Cédric RICAUD » est annoncé par l’animateur 488ème en 12h15m49s. L’aventure s’arrête là…une journée qui restera gravé à vie dans ma tête et dans mes jambes…physiquement, je ne suis pas meutrie, quelques douleurs par ci par là et pour la première fois depuis que je cours, même pas une ampoule !! Mes muscles en surchauffent me rendrons la nuit difficiles mais un chose est sure, moi qui m’étais dit au début de cette course que ce serait la première et la dernière fois, il m’ait impossible de dire aujourd’hui, après avoir vécu une telle aventure, que je n’y reviendrais pas ! Alors peut-être à l’année prochaine !!

Et un grand Bravo à toute l’organisation et aux bénévoles qui rendent cette journée fantastique !!