Être et avoir été (3ème partie)

Le podium
Le podium (de gauche à droite : Cédric Gazulla, moi, Jérôme Chiotti) (crédit photo : Marcel Compan).

(ceci est la 3ème partie du compte-rendu, sur 3 parties en tout ; la 1ère partie est ici, la 2ème est ici)
 
Tais-toi et monte
 
L’hypothèse de Dominique est probablement juste : ce sont sans doute les descentes qui m’ont causé ce problème, puisque, quand la route montait (et, par bonheur, elle s’apprêtait à monter pendant 7 km ; enfin, dans cet état de fatigue, le « par bonheur » est à nuancer, mais bon, vous voyez ce que je veux dire), mes adducteurs m’ont fichu la paix.
 
Nous sommes donc ressortis de la ville par ce petit raidillon de la rue du Lion d’Or, au sommet duquel j’entendais la voix de Philippe m’encourager avec bonne humeur. Je l’ai longtemps cherché des yeux, je reconnaissais distinctement sa voix, mais, dans le contraste entre l’ombre de cette ruelle étroite et la lumière éclatante au-dehors, je n’arrivais pas à le voir. En arrivant en haut de la pente, j’ai finalement reconnu Florence à gauche de la route et Philippe à droite, je leur ai adressé un sourire et même envoyé un petit bisou : après tout, ils avaient été les catalyseurs de cet étonnant retournement de situation du 61ème kilomètre …
 

Dans le raidillon de la rue du Lion d’Or, un sourire à Florence … (crédit photo : Philippe Combes).

… et un bisou à Philippe (sous le regard pensif d’un riverain). Horodatage de la photo : 15 h 10 min 03 s (crédit photo : Philippe Combes).

Passage de Cédric au même endroit (horodatage de la photo : 15 h 12 min 20 s) (crédit photo : Philippe Combes).

 
J’ai retrouvé Sylvie au carrefour, pour ressortir de St-Affrique. Nous avons croisé Jérôme Chiotti, décidément toujours aussi souriant : nous nous sommes encouragés mutuellement. Après que nous soyons sortis de l’agglomération, j’ai demandé un peu d’eau à Sylvie. Elle m’a tendu une petite bouteille en me disant : « Ça va te plaire ! Elle est fraîche ! ». J’ai répondu du tac au tac : « Ah, alors ça ne va pas me plaire : je n’aime pas l’eau fraîche ! » (je préfère boire à température ambiante). À quoi Sylvie a répondu à nouveau, probablement soucieuse de me faire boire malgré mes caprices : « Non, mais en fait elle n’est pas fraîche … » ; « Ben alors, elle est fraîche, ou elle est pas fraîche ? ». J’ai saisi la bouteille, bu quelques gorgées, et rendu mon verdict : « Ah, oui, elle est fraîche … ». Les cyclistes qui s’étaient joints à nous ont souri de notre petit dialogue de vieux couple … Un peu plus tard, Sylvie a perdu le contact, mais heureusement, plusieurs de ces cyclistes sont restés avec moi, et ils ont pu me dépanner de quelques gorgées d’eau dans l’intervalle qui me séparait de Chloé. Grâces leur soient rendues ! Notamment à ce cycliste qui portait moustache et bouc, et dont le dérailleur était mal réglé (déjà pendant le marathon, aux moments où ce cycliste était à côté de moi j’avais assisté à quelques sauts de chaînes quand il forçait ; là, dans les premiers kilomètres de la côte de Tiergues, qui sont aussi les plus raides, sa chaîne craquait, sautait, avec une fréquence qui aurait énervé le dalaï-lama s’il avait été à sa place). Ce cycliste m’a plusieurs fois tendu son bidon pendant que j’étais isolé, j’ai voulu lui rendre service en lui suggérant de jouer sur les réglages de la molette de tension du câble de dérailleur, mais dans la difficulté de la côte, il avait déjà fort à faire avec son guidon, ses pédales, et ce coureur inconnu qui lui réclamait à boire 🙂
 
Ces quelques kilomètres ont été très éprouvants : j’étais à bout de forces, mes cuisses n’étaient plus en mesure de tenir l’effort que je voulais exiger d’elles. Très souvent, je mettais mes poings sur les hanches, j’étais au maximum de mes possibilités, alors que ma montre GPS m’indiquait des allures pitoyables … À cet endroit-là, où le public était très rare, et où nous ne croisions pas de coureurs dans l’autre sens, je pouvais me permettre de grimacer, d’extérioriser ma souffrance. Mais j’avais encore le fond de lucidité qui me faisait comprendre (ou, au moins : sentir) que, en présence de témoins, il faudrait feindre la facilité, sourire et balancer mes bras au lieu de planter mes poings sur les hanches. La raison en était simple : si des témoins voyaient que j’étais en train de craquer, ils pourraient le dire à Cédric quand il passerait devant eux, et cette information pourrait lui donner l’envie d’accélérer. S’il accélérait, il me reprendrait du temps (moi, je n’étais plus en mesure de faire davantage que ce que je faisais déjà difficilement). Et s’il me reprenait du temps, il pouvait aussi se convaincre, comme moi 15 km plus tôt, que la victoire lui était due, et qu’il fallait juste qu’il accélère pour la cueillir …
 
C’est pourquoi, après que nous ayons récupéré Chloé (Sylvie était aussi revenue au contact, à la faveur des pentes plus douces sur la deuxième moitié de l’ascension), quand nous avons commencé à croiser plus fréquemment les coureurs qui nous suivaient, quand le public s’est fait plus nombreux, j’ai fait de gros efforts pour donner l’illusion que tout allait bien de mon côté. Il faut croire que ça a bien marché, puisqu’après la course, ils ont été nombreux à venir me dire à quel point ils avaient été impressionnés par ma fraîcheur dans cette côte (?!? hein ? fraîcheur ?!? quelle fraîcheur ???).
 
Je buvais très fréquemment, mais toute cette boisson sucrée commençait à me confire l’intérieur de la bouche, ça en devenait désagréable. C’est à partir de ce moment que, de plus en plus souvent, j’ai réclamé de l’eau plutôt que de la boisson énergétique (c’est la première fois que ça m’arrive : d’habitude, même quand il fait très chaud, je préfère rester sur la boisson énergétique jusqu’à la fin de la course). Heureusement, ma famille nous attendait au rond-point où nous l’avions vue, au km 65,5 à l’aller (ce serait le km 77 au retour). Chloé a pris un peu d’avance pour aller échanger, auprès d’eux, quelques bidons vides contre des pleins.
 
Chloé reçoit de ma mère quelques bidons pleins d’eau et de boisson énergétique. Derrière elle, la voiture de Stéphane David, de Radio Totem, et derrière la voiture, ce cycliste charitable au dérailleur récalcitrant. Je suis au fond, suivi par les autres cyclistes. (crédit photo : Chu-Fan Mo).
Oui oui, je sais : sur cette photo, on dirait que je marche. Pourtant je vous assure que je courais (probablement guère plus vite que si je marchais, mais je courais) – voyez à quel point j’étais fringant quand je ne cherchais pas à faire illusion (crédit photo : Chu-Fan Mo) …

Après ravitaillement auprès de ma mère. Je suis cuit et archi-cuit, mais mon rictus de douleur ressemble à un sourire (horodatage de la photo : 15 h 36 min 49 s) (crédit photo : Bernard Seitz) …
Passage de Cédric (presque) au même endroit (une photo de moi par mon père à cet endroit précis est horodatée à 15 h 36 min 35 s) (horodatage de la photo : 15 h 39 min 34 s) (crédit photo : Bernard Seitz).

 
Non seulement la pente s’adoucissait un peu, non seulement Chloé pouvait refaire le stock de boisson, non seulement l’écart continuait de se creuser (je crois qu’on nous a annoncé 2 min 30 d’avance, à un moment de l’ascension), mais en plus, en approchant du sommet, nous commencions à croiser de plus en plus de coureurs dans le sens opposé. Et quel bonheur, à chaque fois, d’encourager les copains, de leur taper dans la main au passage, d’échanger ces regards où transite, en une fraction de seconde, toute la compréhension, toute la sympathie (au sens littéral : partager leur souffrance, physique ici), que peuvent éprouver des gens qui courent sous le soleil depuis cinq heures et demie … Gabriel se trouvait en 4ème position, il avait l’air solide ; il avait certes un gros retard sur Jérôme, mais il avait l’habitude de serrer les dents et de finir très fort sur le retour vers Millau. Un peu plus loin, c’est Aurélien Connes, le St-Affricain, qui avait fini 2ème en 2016, et qui améliore son chrono chaque année – 2018 n’a pas fait exception, il allait signer, en 7h50, son nouveau record sur la distance (il allait d’ailleurs dépasser Gabriel après St-Affrique, et prendre la 4ème place au classement final). Nous allions aussi croiser, parmi d’autres, Stéphane Ruel, ce bourrin qui enchaîne les ultra-marathons à la fréquence où d’autres enchaînent les 10 km ; Didier Subileau, avec qui j’avais couru le 1er kilomètre des 100 km de Belvès en avril ; Mickaël Jeanne, pour qui j’éprouve une sympathie toute particulière depuis notre course inoubliable de 2014 ; et mon pote Dominique Herzet, accompagné de sa femme Elisabeth, qui a salué notre passage au son du pouêt-pouêt de son petit klaxon à poire : j’étais non seulement heureux, mais aussi un peu soulagé, de les croiser à cet endroit. La préparation de Dominique avait été très perturbée cet été, il avait été malade juste avant la course, et dans les messages qu’il m’avait envoyés la dernière semaine, il envisageait ouvertement la possibilité d’abandonner, et commençait à imaginer prendre un vélo après son abandon, pour venir me rejoindre pour la fin de ma course … Prendre le départ d’un 100-bornes avec ce genre d’idée en tête, c’est presqu’automatiquement, planifier son abandon à l’avance ! Pourtant il était bien là, au-delà du 65ème kilomètre – et s’il avait résisté aux 65 premiers kilomètres, il saurait résister aux 35 derniers. J’étais vraiment heureux de traverser la chaussée pour aller lui taper dans la main, et Sylvie, derrière moi, a noté que j’avais nettement accéléré après notre rencontre, comme si elle m’avait libéré d’un poids …
 
Comme chaque année, ces quelques coureurs, la tête du classement de la course, n’étaient que les premiers d’une longue procession enthousiaste, des centaines de coureurs qui m’encourageaient par mon prénom, qui applaudissaient, nous lançaient des petites blagues, ou toutes sortes de compliments … Ah, cet aller-retour entre Millau et St-Affrique, ces deux voies de coureurs qui se croisent et se sourient par-dessus la ligne pointillée, quel coup de génie ! Quel plaisir de passer ainsi en revue toute la cohorte de mes camarades 100-bornards ! De temps en temps, une tête connue (en haut de la côte de Tiergues, Jean-Claude Jubault, l’un de nos voisins de camping, avec qui nous avions sympathisé le matin) ; parfois, des couples ou des groupes d’amis qui couraient ensemble ; les meneurs d’allure, avec leurs ballons, derrière lesquels se pressaient des grappes compactes de coureurs ; … Le flot des coureurs est, petit à petit, devenu ininterrompu, et c’est en commençant à croiser cette file continue de coureurs multicolores que nous avons atteint le sommet de la côte de Tiergues.
 
A thousand times I’ve seen this road
 
La descente m’a fait du bien, j’ai pu relancer l’allure très efficacement, sans doute sous l’effet des encouragements de mes camarades coureurs : alors que la pente ne me paraît pas spécialement différente de celle de la descente de Tiergues vers St-Affrique, mon allure a, elle, été bien meilleure, alors que j’avais accumulé une quinzaine de kilomètres de fatigue en plus. Ces kilomètres de descente ont filé, tous, en 4 minutes environ. Je tâchais de pousser le plus fort possible sans déclencher de crampe. Mon adducteur droit s’est à nouveau raidi un peu, et le gauche l’a imité, mais sans jamais être pris d’une vraie crampe, et cette petite douleur restait tout à fait tolérable.
 
C’est dans le début de la descente que nous avons croisé une coureuse en maillot rose clair, qui m’a semblé être la première. J’en ai eu la confirmation après l’arrivée : cette coureuse, Emmie Gellé (lire ici son compte-rendu de course), avait couru en compagnie de Sophie Patarin (vice-championne de France 2017 de 100 km) pendant tout le marathon, et Sophie avait pris un peu d’avance au début de la deuxième boucle. Emmie était pratiquement revenue sur elle en haut de la côte du Viaduc, mais Sophie avait remis de l’écart dans la descente, puis dans le faux-plat entre St-Georges et St-Rome, avant de subir un gros coup de moins-bien en fin de faux-plat, et de se faire rejoindre par Emmie au pied de la côte de Tiergues, à l’endroit même où, dans la course masculine, Cédric était aussi revenu sur moi. La course féminine n’avait pas évolué de la même façon : Sophie n’a pas pu suivre Emmie, elle allait d’ailleurs abandonner peu après. Et c’est donc quelques minutes après ces événements que j’ai croisé Emmie, alors qu’elle terminait son ascension de la côte de Tiergues, et que je la redescendais.
 
Je crois que c’est dans le bas de la descente qu’on nous a donné un nouvel écart : j’avais à présent 4 minutes d’avance sur Cédric. C’était vraiment rassurant, chaque nouveau pointage montrait que j’avais continué à prendre de l’avance. La dynamique était clairement en ma faveur, mais je n’arrivais pas à me convaincre que j’allais gagner (et pour tout dire, je n’essayais surtout pas de m’en convaincre : il ne fallait pas que je relâche mon effort). Je gardais en tête l’image de Cédric au moment où il m’avait rejoint, au km 60, un Cédric tout frais et en confiance. J’ai passé tout le retour vers Millau à l’imaginer comme ça, fort, redoutable, prêt à fondre sur moi à la première faiblesse. Après la course, de nombreux coureurs m’ont dit qu’au contraire, j’avais l’air rayonnant alors que Cédric grimaçait – je m’étais convaincu du contraire, et c’est ce qui m’a aiguillonné jusqu’à l’arrivée, au bénéfice, finalement, du chrono que j’allais signer à Millau. En tout cas, moi sur le moment, je n’étais pas rassuré du tout, et les écarts qu’on nous donnait de temps en temps ne suffisaient pas à me faire voir la vérité en face : 4 minutes, qu’est-ce que c’est ? Si j’étais paralysé par des crampes, elles s’évaporeraient à toute vitesse, mes 4 minutes d’avance …
 
Au pied de la descente, nous avons retrouvé Philippe et Florence à l’endroit où, 22 km plus tôt, leurs encouragements avaient fait basculer la course :
 
En entrant dans St-Rome (82ème km), un petit coucou à Philippe et Florence (horodatage de la photo : 15 h 58 min 15 s) (crédit photo : Philippe Combes).
Passage de Cédric au même endroit (horodatage de la photo : 16 h 02 min 25 s) (crédit photo : Philippe Combes).
Passage de Jérôme au même endroit (horodatage de la photo : 16 h 07 min 12 s) (crédit photo : Philippe Combes).

 
Je savais que ma famille devait aussi m’attendre à St-Rome : en traversant le bourg, je fouillais la foule des yeux pour les apercevoir. Je leur ai lancé un sourire et un signe de la main quand je les ai vus. Je n’étais pas très confiant pour la suite des événements, mais en tout cas, tant que les crampes ne se décidaient pas à se concrétiser, mon sort restait entre mes mains (enfin, entre mes pieds), et je courais avec conviction. Les coureurs qui, après course, m’ont dit m’avoir croisé à cet endroit-là semblaient tous m’avoir trouvé facile et aérien. C’est un enseignement qu’il sera bon de retenir pour le futur : même quand je suis au maximum de mes capacités, et inquiet de me faire figer sur place par des crampes, je peux donner l’illusion d’être en pleine possession de mes moyens. Parce que, au risque de décevoir ces fameux coureurs qui m’ont croisé, j’étais vraiment au taquet, j’avais mal partout, mal comme je n’avais jamais eu mal aussi loin de la ligne d’arrivée … Je souriais, à la fois pour faire donner à Cédric l’information que tout allait bien pour moi, et parce que, il faut bien le dire, je suis toujours heureux de courir à Millau, mais très franchement, sur le plan physique, j’étais dans le rouge depuis bien longtemps, j’avais vécu un calvaire dans l’ascension de Tiergues, et je me demandais comment j’arriverais à monter encore la côte du Viaduc, et plus généralement, comment je pourrais courir les 18 km qui restaient …
 
Il n’y a pas que les coureurs, qui m’ont complimenté sur mon allure : dans la traversée du village de St-Rome (ou était-ce plus tard, à St-Georges ? j’aurais dit St-Rome …), un groupe de spectatrices nous applaudissait sur la droite de la route. Je leur ai souri en passant, et l’une d’elles s’est écriée : « Et en plus il est beau ! » 🙂 Ce compliment inattendu a beaucoup fait parler Chloé et Sylvie, dans les hectomètres qui ont suivi …
 
Dans le faux-plat descendant entre St-Rome et St-Georges, c’est l’expérience qui a parlé. Je savais que j’étais en sur-régime depuis le 60ème kilomètre, je découvrais des douleurs qui m’étaient inconnues, mais je savais qu’il m’était déjà arrivé de forcer au-delà du raisonnable sur des fins de 100-bornes, sans subir la défaillance que ce traitement aurait dû me garantir (aux 100 km de Belvès 2016 et aux 100 km del Passatore 2017), ou alors, en la subissant beaucoup plus tard que ce que j’aurais pu croire (aux 100 km de Millau 2014). J’ai donc continué à tout risquer, et j’ai poussé fort pendant tout le faux-plat descendant. Je crois que c’est dans ce faux-plat entre les deux villages qu’à un moment, on nous a donné un écart qui avait un peu réduit par rapport au précédent, d’une trentaine de secondes je crois. Je ne me souviens plus des chiffres exacts, ni de l’endroit exact où on nous a donné cette information, mais elle pouvait signifier que le vent avait tourné, et que ce retour de Cédric, que j’avais craint depuis des dizaines de kilomètres, venait de commencer … Finalement, étant donné l’écart qu’on allait nous donner ensuite, dans la côte du Viaduc (il avait à nouveau beaucoup augmenté), et étant donné l’impression visuelle que Cédric et moi avons donnée aux coureurs qui nous ont croisés dans cette portion, il est probable que l’écart n’ait jamais cessé de grandir, et il s’agissait probablement d’une erreur de chronométrage, ou d’un écart très ancien. En tout cas, j’ai utilisé cet argument pour me convaincre qu’il ne fallait surtout rien lâcher, et avaler ce faux-plat descendant comme si ma vie en dépendait. Au final, les km 83 à 89 (entre le pied de la descente de Tiergues et le pied de la montée du Viaduc) ont été couverts à des allures très respectables (entre 4 min 08 et 4 min 22 / km) pour ce stade de la course.
 
J’étais rentré dans ma bulle, je ne parlais plus beaucoup aux nombreux coureurs qui me saluaient, depuis la voie opposée : je me contentais de leur faire des signes de la main, parfois de leur sourire, rarement plus. J’ai surtout réservé mes paroles pour mes amis les plus proches, parmi ces coureurs : Christophe Dez, de Toulouse, avec qui je partageais le mobil-home pour le week-end, et quelques 100-bornards que je côtoie depuis longtemps. Ces amis proches, mais aussi, tellement d’autres coureurs, que, pour la plupart, je ne connaissais pas, m’ont signifié leur plaisir de me voir en tête. Mentalement, j’utilisais ces encouragements pour alimenter encore davantage ma motivation à me faire mal. La douleur avait envahi tout mon corps, mes adducteurs restaient perpétuellement dans cet état de pré-crampe, et il me fallait un effort mental constant pour maintenir mon allure, pour accepter de continuer à alimenter ces douleurs. Tout était bon pour me dissuader de ralentir ma course : le danger du retour de Cédric, l’amitié que me témoignaient ces centaines de coureurs, la perspective de réussir à boucler la course en moins de 7h15 …
 
Ce dernier objectif restait encore accessible, à la condition d’être très fort sur l’ascension de la côte du Viaduc : je suis passé devant la borne du 85ème km en 6h10 ou 6h11. À l’entraînement, j’avais eu de nombreuses occasions de travailler mes multiplications mentales, et je me souvenais bien que 15 km couverts en 4 min 20 / km (mon allure-cible pour ces 100 km, celle que j’avais travaillée spécifiquement tout l’été) prenaient exactement 1h05. Si je courais exactement à mon allure visée, je tomberais tout près des 7h15 sur la ligne d’arrivée. Ces kilomètres de faux-plat descendants étaient même plus rapides que mes 4 min 20 / km, donc il n’était pas encore complètement interdit de rêver. Mais il allait falloir maintenir une allure correcte dans l’ascension de la côte du Viaduc, et la douleur qui avait pris possession intégrale de mes jambes semblait me l’interdire. En tout cas, je me forçais à continuer à y croire : il faut viser la lune, parce que même si on la rate, on finit dans les étoiles …
 
Mon expérience de la discipline me permettait de courir aussi vite, de souffrir autant, parce que je savais, pour l’avoir déjà vécu, que mon corps me le permettrait. Mais également, mon expérience des 100 km de Millau me permettait d’anticiper chacun des kilomètres qui restaient à couvrir. Je me souviens de chacun, de ses difficultés, de son décor, des sentiments qu’il m’inspire habituellement. Je me souvenais que le pied de la côte du Viaduc n’était pas très pentu ; que le sommet était un peu piégeux, il se dérobe pendant longtemps derrière un interminable faux-plat alors qu’on croyait l’avoir atteint ; que la descente qui suivrait était très pentue, qu’elle permettrait de relancer l’allure si je gardais un petit peu de forces ; …
 
Mais il y a des réalités qu’on ne peut pas ignorer. Même si je les connaissais bien, tous ces kilomètres restaient autant d’obstacles éprouvants si mes jambes étaient trop fatiguées – et, sans surprise, elles l’étaient. Malgré sa relative facilité, la côte du Viaduc par le versant ouest m’a planté sur place. C’est en 4 min 43, 5 min 27 et 5 min 11 que j’ai couvert les 90ème, 91ème et 92ème kilomètres. Peu avant d’atteindre le sommet, j’ai croisé mon ami Jérôme Cavaillé, qui fut mon directeur de thèse, à Toulouse il y a bien longtemps, et qui est depuis mon ami intime – et qui a couru chacun des 100 km de Millau que j’ai courus moi-même. Notre dernier coéquipier sur la course, Denis Jullien, avait lui abandonné au marathon – je l’ai su plus tard, mais je l’avais anticipé en remarquant que je ne l’avais pas croisé pendant le retour sur Millau. Jérôme et moi nous sommes encouragés, et il m’a filmé pendant que nous nous croisions :
 
Voici à quoi je ressemblais dans l’ascension de la côte du Viaduc au retour (crédit vidéo : Jérôme Cavaillé) …

 
Je crois que c’est dans cette ascension qu’on nous a donné le dernier écart de la journée : on m’annonçait 5 minutes d’avance sur Cédric. Cette information dissipait les doutes que j’avais pu avoir entre St-Rome et St-Georges, quand l’écart avait semblé diminuer ponctuellement – mais elle me privait aussi d’un prétexte pour me faire mal en courant vite … Heureusement, une nouvelle source de motivation venait remplacer celle qui disparaissait avec le danger du retour de Cédric : nous avons atteint le sommet de la côte, nous sommes passés sous le Viaduc, et nous avons vu Millau s’étaler devant nous … Il restait 8 km, qui commençaient par une descente très rapide de 3 km : ça commençait à sentir l’écurie …
 
J’ai initialement eu un peu de mal à reprendre du rythme en début de descente (le 93ème km m’a pris 4 min 19), mais j’ai ensuite pu pleinement profiter de la pente, balançant mes bras autant que je le pouvais pour gagner de la vitesse. Les 94ème et 95ème km ont été couverts en 3 min 49 puis 3 min 54, ce qui en fait mon kilomètre le plus rapide et mon troisième kilomètre le plus rapide de toute la course. La pente, très raide à cet endroit, y est évidemment pour beaucoup, mais au moins, je suis content de voir que c’est en toute fin de course que j’ai signé mon kilomètre le plus rapide : j’avais encore assez de tonus pour profiter de cette belle descente.
 
Jusqu’à la dernière calorie
 
Comme on peut s’en douter, ces efforts en descente n’ont rien arrangé en ce qui concernait mes adducteurs. Ils étaient raides et douloureux, mais ils ne se décidaient toujours pas à déclencher une vraie bonne crampe. Depuis une vingtaine de kilomètres que je courais avec cette douleur lancinante, j’avais pris confiance, et je m’en inquiétais de moins en moins. Non, ce qui a été vraiment nouveau, ç’a été (après avoir terminé la descente, et monté la petite bosse du 95ème kilomètre) de sentir un début de crampe dans les avant-bras, dans le long faux-plat descendant qui commence autour du 96ème kilomètre. Je pense que je n’avais jamais connu ça : dans mes mouvements de bras, que je devais faire un peu amples pour prendre de la vitesse dans ce faux-plat descendant, je contractais un peu ces muscles (je vois, si je comprends bien, que ce muscle s’appelle le « muscle brachioradial ») – et à force de les contracter, j’étais en train d’y faire apparaître un début de crampe, là aussi ! Parfois, pour me distraire de mes douleurs, je m’imaginais ce que j’allais faire sitôt la ligne d’arrivée franchie : j’arrêterais enfin de faire tourner mes jambes, je me courberais en posant mes mains sur mes genoux, pour contempler ces pieds immobiles sur le tapis du podium d’arrivée. Enfin immobiles … Et tiens, je pourrais embrasser la ligne d’arrivée, aussi : elle m’aura tellement fait plaisir ! J’avais déjà eu ce geste à deux reprises : au marathon de Taipingshan (à Taïwan), que j’avais gagné en 2014, et aux 100 km del Passatore 2017, en Italie. Ce serait la première fois que je ferais ça en France …
 
J’essayais de profiter du faux-plat descendant pour reprendre de la vitesse : j’avais pris beaucoup de retard dans l’ascension de la côte du Viaduc, et les 7h15 étaient devenus inaccessibles. Mon record personnel, en revanche (7 h 18 min 48 s depuis les 100 km del Passatore 2017), pouvait tomber si je ne faiblissais pas. À chaque passage devant une borne officielle (il y en a une par kilomètre à partir du km 95), je refaisais un petit calcul mental pour m’en faire une idée : ça allait être dur, mais ça pouvait le faire … Sylvie, qui connaissait mon record, m’encourageait à aller le chercher. On touchait au but, il fallait épuiser toutes mes forces sur ces quelques kilomètres.
 
Un petit événement est venu me signifier que j’étais effectivement en train de faire les fonds de tiroir : très subitement, autour du km 97, j’ai été pris d’une petite faim, qui, en quelques secondes, s’est changée en vraie grosse faim. Alerte fringale ! Il me fallait tout de suite quelque chose dans l’estomac, et si possible, quelque chose d’un peu massif. Je donne toujours à mes suiveurs des poches de gels un peu grosses (90 g, à comparer aux 5 g des petits tubes de gel), pour ce genre de circonstance. J’ai donc demandé « un gros gel » à Sylvie et Chloé. Pendant que Chloé farfouillait éperdument dans son panier (curieusement cette année, j’ai mangé beaucoup plus que d’habitude, et notamment ces gros gels, dont il ne me faut pas plus d’une ou deux poches par course habituellement ; là, j’avais déjà épuisé le stock de Chloé), Sylvie m’a tendu un petit tube de 5 g. Trop affamé pour faire le difficile, je l’ai empoigné et je lui ai fait remarquer, pendant que je l’ouvrais, que c’était un petit tube, et que ça ne suffirait pas. Sylvie m’a répondu : « Ah, ça c’est les petits ? Attends, je vais te donner un gros … », et elle m’a re-tendu un petit :-/ Sitôt englouti, je lui en ai demandé un autre, puis encore un, et je crois, peut-être aussi un 5ème (que j’ai dû prendre à Chloé). Bon, je dois des excuses à Sylvie : dans la sacoche que j’avais montée sur son vélo, je n’avais mis que des petits gels (tellement convaincu que je n’aurais pas beaucoup besoin des gros, comme chaque année). Je lui avais mis des petits gels de différentes marques, tous les tubes n’ont pas les mêmes proportions, donc il y en a effectivement qui semblent plus gros (mais moins longs) que d’autres. En tout cas, j’ai dû siphonner mes 5 petits gels en une petite minute pour réussir à calmer mon estomac qui couinait.
 
En bas de ce faux-plat, le parcours prend à gauche à un rond-point, et il s’engage sur le pont Lerouge, qui nous permet de franchir le Tarn pour la dernière fois de la course. La borne du 98ème km se trouve vers le milieu de ce pont, et c’est un endroit que j’adore : le début de ces deux derniers kilomètres nous fait entrer dans un autre monde, on arrive dans le centre-ville de Millau, les rues se chargent de public, il y a une ambiance de kermesse, et mêmes les voitures me font plaisir à voir (les passagers acclament les coureurs, klaxonnent, c’est un joyeux petit bazar sur l’autre voie, tout en laissant libre ma voie de circulation sur la droite). D’habitude, c’est la fleur au fusil que je traverse Millau sur ces deux derniers kilomètres, cette ambiance me fait oublier mes douleurs. Eh bien, cette année, ç’a été le contraire : quand je suis sorti du pont (et que j’ai tapé dans la main d’Éric, mon copain signaleur sur le rond-point qui se trouve à cet endroit, sous le regard de la caméra officielle), j’ai, d’un coup, senti que je n’en pouvais plus du tout, du tout du tout, il était devenu matériellement impossible de maintenir mon allure de 4 min 20 / km. Je m’aperçois maintenant que cette défaillance avait commencé au kilomètre précédent : malgré la pente du pied du faux-plat descendant, mon 98ème kilomètre avait été couvert en 4 min 41. Les deux suivants allaient être encore plus catastrophiques, malgré tous mes efforts : il n’y avait plus de carburant, kaput, fini. Il y a une petite bosse de rien du tout au milieu du 99ème kilomètre, au début du boulevard de l’Ayrolle, un petit tape-cul ridicule, que, d’habitude, je ne remarque même pas. Eh bien, cette année, cette petite bosselette de 40 m de long (pour quelque chose comme 2 ou 3 m de dénivelé : ce n’est pas le Ventoux …) m’a scotché sur place, je me suis à nouveau retrouvé les poings sur les hanches, la foulée courte, incapable de garder mon élan. D’une certaine manière, j’ai bien géré mon effort sur cette course, puisque je n’avais gardé aucune calorie pour après l’arrivée – et même pour un peu avant …
 
Peut-être que le facteur qui a déclenché cette ultime défaillance, c’est que, en entrant dans ces fameux 2 km de triomphe dans les rues de Millau, j’ai enfin accepté l’idée que j’allais gagner la course, et que Cédric ne reviendrait plus. Peut-être que, plus ou moins consciemment, j’ai relâché la pression sous laquelle je m’étais volontairement tenu depuis une quarantaine de kilomètres, et que, faute de prétexte pour me faire mal, je n’ai tout simplement plus eu la possibilité physique de continuer à empiler des douleurs.
 
J’ai compris que mon record personnel allait probablement m’échapper. En faisant de mon mieux pour rester (un peu) rapide, j’ai enfin décidé de me voir en vainqueur, et de profiter de l’ovation que me faisait ce public déchaîné. La place du Mandarous était, comme d’habitude, bordée d’un public enflammé, sur les trottoirs, sur les terrasses des cafés … À l’entrée de l’avenue de la République, en passant devant la borne du 99ème kilomètre, j’ai lancé un sourire au personnel de la boutique de course à pied qui se trouve là, et qui, chaque année, m’applaudit chaudement. Le dernier kilomètre était difficile, je n’arrivais plus à relancer, mes jambes avaient fourni tout ce qu’elles pouvaient fournir, je n’avançais plus – mais c’était le dernier kilomètre … Sur le bord de la route, le public m’acclamait, je profitais de cette ambiance. J’allais gagner, cette fois c’était sûr : moi qui, la veille dans mon lit, me voyais perdant, humilié, à nouveau relégué plusieurs kilomètres derrière ces champions qui se présenteraient au départ – je me surprenais à gagner sans contestation, après avoir mené depuis le 49ème kilomètre, et avoir répondu avec autorité à la tentative de Cédric de venir me prendre la 1ère place. Quel chemin parcouru !
 
Mon père se tenait à l’entrée du Parc de la Victoire, je lui ai envoyé un bisou en l’apercevant. Il a pris quelques photos de mon approche, puis m’a tendu la main, j’ai tapé dedans à mon passage en le remerciant, et je suis entré dans le Parc.
 
Nous approchons du Parc de la Victoire (crédit photo : Bernard Seitz).

Les cyclistes en première ligne (de gauche à droite) : en bleu, Sylvie ; en blanc, Patrick ; en noir et blanc, Chloé (crédit photo : Bernard Seitz).

Les derniers mètres avant d’entrer dans le Parc (crédit photo : Bernard Seitz).

 
Comme chaque année, les enfants du club organisateur de la course (le S.O. Millau athlétisme, loué soit Son Nom) se sont positionnés dans l’allée du Parc pour accompagner la fin de course des premiers arrivants. Il y a vraiment quelque chose de magique, après avoir enduré toutes ces souffrances, après avoir crapahuté par monts et par vaux pendant toute une journée, après avoir passé la journée uniquement entre adultes, quelque chose de magique à se faire escorter sur les deux cent derniers mètres par cette joyeuse troupe aux t-shirts bleu ciel. C’est avec ce petit peloton d’athlètes du futur que j’ai traversé la haie d’honneur que nous faisait le public dans l’allée de platanes jusqu’à l’entrée de la salle. Aux photographes qui, accroupis sur le bord de l’allée, immortalisaient ces secondes si précieuses pour moi, j’ai fait de la main droite (la gauche tenait ma casquette : quand je finis un 100-bornes, je me découvre …) le signe « 3 » pour célébrer ma troisième victoire sur ma course préférée.
 
La joyeuse escorte des 200 derniers mètres (crédit photo : Philippe Combes).

Dans la salle du Parc de la Victoire, Chu-Fan suit, sur un écran, mes derniers kilomètres de course (crédit photo : Marcel Compan).
Dans la salle du Parc de la Victoire, Chu-Fan, ma mère, et Florence (crédit photo : Marcel Compan).

 
Dans les haut-parleurs du Parc, la voix de Philippe, le speaker, résonnait, il annonçait mon arrivée (« La troisième victoire d’Hervé Seitz ! Monsieur Hervé Seitz ! »), et, avec son complice (le deuxième speaker s’appelle Philippe aussi), il demandait au public de taper dans les mains pour mon entrée dans la salle. Je suis entré en ouvrant les bras, la foule m’a acclamé, et, porté par mon élan, je suis monté sur le podium d’arrivée, pour franchir la ligne après 7 h 19 min 06 s de course. Une personne qui était sur le podium a tout filmé, et a eu la bonté de mettre la vidéo en accès public :
 
L’arrivée (crédit vidéo : Christine Robert).

 
Sitôt la ligne franchie, et après un très bref salut au public, j’ai réalisé ce fantasme que j’avais imaginé pendant la fin de ma course : je me suis prosterné pour embrasser la ligne d’arrivée (avec la langue et tout !), puis, après m’être péniblement redressé, je me suis courbé en avant pour regarder mes pieds, mes pieds au repos, sur le tapis vert du podium d’arrivée. Ce podium où je venais, à l’instant, de remporter une course que j’avais crue perdue d’avance, et que j’avais finalement dominée avec une jolie maîtrise …
 
Mais qu’est-ce qu’il avait fallu se faire mal, pour en arriver là ! Mes adducteurs trépignaient d’impatience à l’idée de me foudroyer d’une crampe spectaculaire devant tout ce public. Je sentais qu’il fallait que je m’asseye, je titubais de douleur. Jacques Bréfuel, le président du S.O. Millau athlétisme, et organisateur en chef de la course, m’a proposé de m’apporter un gobelet d’eau, ce que j’ai accepté avec plaisir, tandis que Philippe, le speaker, me proposait une chaise. Moi qui, d’habitude, prends plaisir à cabotiner sur le podium, à monopoliser le micro pour raconter en rigolant le déroulement de ma course, cette fois, je m’étais infligé de telles douleurs que j’ai effectivement eu besoin de m’asseoir. Au moins, si les crampes me saisissaient, je ne m’effondrerais pas devant tout le monde …
 
Mon entrée dans la salle (crédit photo : Marcel Compan).
Le bisou à la ligne d’arrivée (crédit photo : Marcel Compan).

Je salue le public (crédit photo : Marcel Compan).

 
Je me suis assis, on m’a remis la médaille de champion d’Occitanie du 100 km (comme l’an dernier, la course servait de support à ce championnat), Jacques m’a apporté un gobelet d’eau (plus tard, j’allais carrément piquer une bouteille entière pour la siroter sur le podium …), et Philippe s’est approché de moi avec ce micro que j’aime tant lui chiper. Il m’a demandé si j’avais la force de parler un peu (« Tu as l’air plus fatigué que d’habitude ! », « Ouais ouais, mais, évidemment que j’ai la force de parler ! »), et j’ai pu récupérer le micro, pour dire en quelques mots pourquoi je m’étais fait aussi mal cette année. Mon ami Philippe Combes a eu la délicatesse de filmer l’intégralité de mes interventions sur le podium (et elles ont été nombreuses, et longues ! j’étais tellement heureux de cette victoire, que ne ne voulais plus partir, je voulais rester pour accueillir mes poursuivants à leur arrivée, je voulais féliciter tellement de monde, je voulais raconter tellement de choses au micro des deux Philippe(s), …). La vidéo dure 43 min 13 s (oui oui ! non content d’avoir été le déclencheur de mon attaque décisive au 60ème kilomètre, Philippe a aussi eu la patience de tenir son téléphone/caméra à bout de bras pendant trois quarts d’heure pour enregistrer tout ça), elle est accessible ici :
 
L’arrivée (crédit vidéo : Philippe Combes).

 
Pour ceux (ils doivent être nombreux) qui n’auraient pas la même patience que Philippe, voici un petit résumé de ce qui se passe pendant ces 43 minutes, avec des liens vers ces passages de la longue vidéo :

  • De t=0 min 00 à 0 min 47 : commentaires par les speakers, remise de la médaille de champion d’Occitanie.
  • De t=0 min 47 à 6 min 30 : mes premières impressions au micro.
  • De t=6 min 30 à 8 min 39 : l’arrivée de Cédric Gazulla.
  • De t=8 min 39 à 11 min 37 : l’interview de Cédric.
  • De t=11 min 37 à 13 min 50 : commentaires des speakers sur les dernières minutes de la course de Jérôme Chiotti.
  • De t=13 min 50 à 14 min 19 : commentaires de M. St-Pierre, maire de Millau.
  • De t=14 min 19 à 15 min 15 : ma réponse (hommage aux bénévoles).
  • De t=15 min 15 à 19 min 45 : l’arrivée de Jérôme Chiotti.
  • De t=19 min 45 à 21 min 20 : l’interview de Jérôme.
  • De t=21 min 20 à 22 min 00 : photos du podium.
  • De t=22 min 00 à 23 min 20 : commentaires de Mme. Vergonnier, du conseil départemental (je commence à prendre pleinement conscience de tout ce qui s’est passé dans la journée, et je ne peux pas retenir quelques larmes – qui ont dû un peu embarrasser la conseillère départementale …).
  • De t=23 min 20 à 29 min 46 : mes « deuxièmes » impressions au micro (hommage à Michaël Boch ; hommage aux amis et à ma famille qui sont venus m’encourager sur la course, et à mes accompagnateurs à vélo).
  • De t=29 min 46 à 30 min 12 : interview de Jean-François.
  • De t=30 min 12 à 31 min 39 : arrivée d’Aurélien Connes.
  • De t=31 min 39 à 33 min 47 : interview d’Aurélien.
  • De t=33 min 47 à 42 min 22 : mes « troisièmes » impressions au micro (hommage à Jérôme Chiotti et à Michaël Boch, commentaires sur les sélections en équipe de France).
  • De t=42 min 22 à 43 min 13 : arrivée de Gabriel Noutary.
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    Gardarem lou 100 km
     
    Je voulais notamment remercier les bénévoles de la course, dont le travail immense prend les formes les plus variées : j’ai raconté avoir récemment lu un article qui expliquait que les bandes réfléchissantes de nos dossards étaient collées, à la main, par ces bonnes volontés. La course est portée par une armée de gens qui donnent de leur temps, pour notre plus grand bonheur à nous, les coureurs. Des gens qui ont une vie à côté, une famille, des activités, mais qui choisissent de nous organiser une immense fête de la course à pied, parce qu’ils trouvent que c’est très bien comme ça. Il faut dire que les gens d’ici ont une sacrée volonté, et ils gardent, jusqu’à des âges avancés, les idées bien claires, et une notion précise de ce qu’ils veulent, et ils n’hésitent pas à le dire, et à le faire. Il se trouve que j’étais tombé récemment, au hasard de mes lectures électroniques, sur un reportage filmé par une émission de télévision, à propos d’un challenge sportif organisé pour les personnes âgées, à Millau. Le jeune journaliste était arrivé de Paris avec sa caméra, et l’intention manifeste de se moquer de ces campagnards et de leurs activités sportives pour petits vieux. Il déboule dans le Parc de la Victoire (oui, notre Parc de la Victoire ! ça m’avait fait plaisir de le retrouver sur cette vidéo), où se tenaient ces fameuses activités sportives, et il commence à interviewer les personnes présentes, sur un ton moqueur et condescendant. Sauf que les petits vieux aveyronnais ne s’en laissent pas conter, et, pas impressionnés par les caméras, ni par le bagou du journaliste, ils lui répondent avec plus d’esprit que lui, le mettent en boîte, les petits papys se fichent de lui, les petites mammies commencent à le draguer, et au final, c’est le journaliste qui n’a plus trop l’air de savoir comment leur adresser la parole … Comme chantait Nougaro sur Toulouse, ici, même les mémés aiment la castagne – et, par bonheur, elles aiment aussi organiser une course somptueuse, et mettent la main à la pâte pour que tout se passe parfaitement pour les coureurs, de l’inscription jusqu’au dîner d’après-course. Une terre où on sait ce qu’on veut, où on le fait, et où on le fait bien 🙂
     
    J’ai aussi tenu à rendre publiquement hommage à Michaël Boch et à Jérôme Chiotti, qui, dans des styles très différents, sont (ou : ont été) aussi des inconditionnels des 100 km de Millau, prêts à des sacrifices gigantesques pour simplement venir souffrir ici sur cette course qui nous a pris dans ses filets. J’étais heureux d’avoir enfin réussi à signer un chrono dont même Michaël n’aurait pas honte. Et j’étais heureux que Jérôme ait enfin réussi à terminer la course, et (c’est encore plus important), à l’avoir terminée en gardant le sourire d’un bout à l’autre. Il a trouvé la paix intérieure 🙂
     
    Si je prenais racine sur le podium d’arrivée, c’est non seulement pour pouvoir raconter tout ça au micro, mais aussi pour être là pour accueillir mes premiers poursuivants, et les féliciter. Cédric a fait un petit show en arrivant dans la salle, il s’est arrêté à l’entrée, a passé la tête à l’intérieur avec l’air de demander « y a quelqu’un ? » à la foule qui l’acclamait 🙂 , puis il est monté sur le podium et je l’ai pris dans mes bras. Plus tard dans l’interview, il allait nous apprendre qu’il était allé assister, la veille, à un match de foot à St-Étienne, et qu’il avait fait la route le matin même de la course pour venir à Millau (!). Quand Jérôme est arrivé, il a été submergé par l’émotion, et il a d’abord dû descendre du podium pour aller rejoindre les siens. Ils l’avaient accompagné toute la journée sur l’épreuve, une journée où il est allé chercher un bonheur après lequel il avait longtemps couru.
     
    J’étais heureux, aussi, d’accueillir Aurélien Connes, 4ème, un Saint-Affricain, qui avait commencé par courir à un niveau modeste, mais qui avait pris de plus en plus d’expérience au fil des années, au point de finir, cette année pour sa 14ème participation, en 7h50 (son nouveau record), malgré une préparation perturbée par des problèmes de santé pendant l’été. Peu après, c’est notre chouchou à tous, Gabriel Noutary, ce coureur de 23 ans qui aime tant les tactiques de course suicidaires, qui venait prendre une belle 5ème place en 8h02. Je lui avais dit, au début du 41ème kilomètre qu’on partagerait le podium ensemble en fin de journée : ce n’est que partie remise …
     
    J’ai fini par redescendre du podium, pour le plus grand soulagement, certainement, de Philippe (mon ami Philippe Combes), qui a enfin pu arrêter de filmer 😉 , de Philippe et de Philippe (les deux speakers), qui ont pu enfin récupérer leur micro, et j’ai rejoint ma famille. Stéphane David, de Radio Totem, qui nous avait suivis toute la journée, m’a interviewé (vous trouverez les interviews en fin de ce compte-rendu, dans la rubrique « Bonus multimédia »).
     

    Interview par Stéphane David, de Radio Totem (crédit photo : Marcel Compan).

     
    Je suis allé récupérer le sac que j’avais laissé le matin à la consigne, pour me couvrir un peu, puis je suis allé me faire masser, et soigner deux ampoules que je découvrais sous mon pied droit. Sous la tente de massage, j’ai pris plaisir à discuter avec de nombreux coureurs (notamment Johnny Sage, qui m’avait longtemps précédé sur le premier marathon, Jean-Claude Jubault, notre voisin de mobil-home pour le week-end, et Didier Subileau, que je retrouvais avec plaisir après avoir un peu partagé sa route en avril aux 100 km de Belvès), avec le responsable des podologues (que je retrouve chaque année avec le même plaisir – enfin, non : avec davantage de plaisir depuis 2014, depuis que je traite mes pieds dans le dernier mois avant la course, pour que les ampoules soient moins fréquentes et moins douloureuses …). Ils ont été nombreux, les coureurs, les spectateurs, et les bénévoles, à venir me dire qu’ils étaient heureux de me voir gagner à nouveau. J’étais sur un nuage, tout le monde me manifestait de la sympathie, j’étais fier de ma course, et ces gens étaient heureux de me voir heureux. Quel contraste avec l’an dernier ! Après une journée dans le froid, sous la pluie, sous un ciel bas et sombre, j’avais terminé à la 4ème place sans avoir jamais pesé sur la course. Combinée à la tristesse des paysages automnaux, ma mauvaise prestation m’avait causé un certain vague à l’âme. Je n’avais pas trop su ce qui me chiffonnait à ce point (après tout, j’avais pratiquement égalé mon meilleur chrono millavois, et je n’avais été battu que par trois grands champions). C’est le message que j’ai reçu cette année, après ma victoire, d’un coureur appelé Lionel Nattes, qui m’a permis de mettre un nom sur ce petit spleen imprécis qui s’était emparé de moi l’an dernier. Lionel commençait son message comme ceci : « L’an dernier je t’avais envoyé un petit message au lendemain après la pluvieuse 4ème place de 2017 … j’imaginais “la solitude” de celui qui a été et qui n’est plus … cela m’insupportait de penser à cette possible solitude du champion déchu … ». Puis il poursuivait en me félicitant pour mon retour gagnant. Lionel a mis exactement dans le mille : c’était ça, cette petite tristesse que j’avais ressentie l’an dernier : la fin d’une période formidable, où j’avais gagné deux fois à Millau et une fois à Belvès. Le début du déclin, la vieillesse, la déchéance … Passer du statut de « vainqueur en titre » à celui d’« ancien vainqueur » … On dit parfois qu’on ne peut pas « être et avoir été », qu’il faut accepter de laisser sa place, et ne pas entretenir l’illusion qu’on est resté aussi bon, aussi fort. Et c’était justement, par contraste, la raison pour laquelle je me suis senti si serein, si confiant, en plus d’être très heureux, après la course de cette année. Une espèce de sentiment de plénitude, qui dépassait largement la simple fierté d’avoir été le premier à finir la course : je sentais que je n’avais pas régressé depuis mes premières victoires, mon chrono attestait même de ma progression. La décrépitude attendra …
     
    Comme beaucoup de sportifs, j’ai aussi mes petites superstitions, et j’avais souvent remarqué que les numéros de dossard multiples de trois semblaient me porter chance (ça ne date pas d’hier : j’ai forgé cette superstition quand j’étais ado : j’étais cycliste, et j’avais trouvé que je remportais plus de primes et de jolis classements quand mon dossard était un multiple de trois). Et il faut bien constater que sur mes précédentes victoires sur 100 km, je portais toujours un multiple de trois – et l’an dernier, pour cette fameuse déculottée automnale, ce n’était plus le cas. J’avais eu le petit plaisir, en découvrant mon numéro de dossard de cette année, de voir que c’était à nouveau un multiple de trois (mais bon, la plupart des autres favoris avaient la même chance, donc il fallait espérer que cet effet surnaturel me soit spécifique …). Tiens, je me rends même compte que, comme pour ma première victoire en 2015 (où j’avais été tellement heureux de remporter une course très disputée), mon dossard était également un multiple de 7, de même que cette année. Donc on dirait que, parmi les multiples de 3, les multiples de 21 me sont particulièrement favorables …
     
    En tout cas, une croyance que cette année aura démentie, c’est celle selon laquelle la météo pendant la course dépend de la longueur des manches du maillot-souvenir offert aux participants : depuis ma première participation, en 2010, nous avions toujours eu des maillots à manches courtes, sauf en 2012 et 2017 – les deux années où nous avons été douchés par le déluge pendant des heures. Cette année, le maillot avait des manches longues, mais la météo était estivale. J’ai fait part de cette observation à Tenens, l’un des organisateurs, au moment de retirer mon sac en consigne. Il a écouté ma théorie météo-vestimentaire en souriant, mais il m’a appris que, à sa connaissance, le maillot de cette année aurait dû avoir des manches courtes, et que c’est à cause d’une erreur de saisie de commande que nous avons été dotés de maillots à manches longues 🙂
     
    Un peu plus tard, j’ai assisté à l’arrivée d’Emmie Gellé, cette coureuse que j’avais vue mener pendant la côte de Tiergues, et qui n’a plus été inquiétée pendant le reste de la course. Au micro, elle nous a raconté pourquoi elle était venue courir Millau : son mari Renaud, coureur également, rêvait de la courir. Sa femme s’était mise à la course à pied elle aussi, il lui avait inoculé son rêve, et ils se sont inscrits tous les deux pour la courir cette année. Sauf que quelques jours avant la course, il s’est blessé et a dû renoncer à participer (il allait finalement accompagner Emmie à vélo sur la course). Vous trouverez tous les détails de sa jolie histoire dans son compte-rendu. Après qu’elle soit descendue du podium, je suis allé la féliciter, et Jacques Bréfuel a eu l’idée de nous faire poser ensemble pour quelques photos devant la banderole installée dans la salle :
     
    Je pose avec Emmie Gellé, vainqueur du classement féminin (crédit photo : Marcel Compan).

     
    Je papillonnais dans la salle, j’allais d’un groupe à l’autre, je discutais avec tout le monde, racontant tous les détails de ma course à ceux qui avaient la patience de les écouter. J’ai retrouvé Cédric, mon dauphin, et Philippe Aubert, l’un des deux speakers, et nous avons mangé ensemble le dîner préparé par les bénévoles. Ce signaleur tellement aimable, au rond-point des km 44 et 98,2, Éric, nous a rejoints, et nous avons longuement discuté ensemble. Ma famille était rentrée se rafraîchir dans le gîte qu’ils avaient loué pour le week-end. Ils m’ont rejoint dans la salle vers 21h, et nous sommes allés à la buvette du Parc, à l’extérieur de la salle, pour ouvrir une bouteille de champagne que mes parents avaient apportée en cas de bonne nouvelle 🙂
     
    On trinque à la victoire en famille. De gauche à droite : Chu-Fan, moi, mon père, ma mère, ma petite sœur Annabelle, son copain Daniel (crédit photo : un passant affable).

     
    Ma famille a acheté à la buvette de quoi dîner (je venais de dîner dans la salle, mais j’ai pu aider Chu-Fan à finir sa barquette de frites …), puis nous nous sommes embrassés, et ils sont rentrés se coucher. Je suis, quant à moi, retourné dans la salle, où j’ai pu retrouver mon ami Christophe Dez, qui venait d’en finir en 12h20. J’ai ensuite pris mon vélo pour partir à la rencontre de mon autre coéquipier toulousain, Jérôme Cavaillé, non sans avertir au téléphone mon pote Dominique Herzet (que j’avais eu tellement de joie à croiser dans la remontée vers Tiergues, et qui avait terminé à la 12ème place en 8h47). Quand j’avais dit à Dominique que je ferais ce petit décrassage nocturne à vélo, il avait aimé l’idée et avait demandé à m’accompagner. En remontant la file de coureurs qui en finissaient, je me suis donc arrêté à Creissels pour récupérer Dominique, et nous nous sommes mis en route. Nous encouragions les coureurs que nous croisions, et nous papotions gaiement. Dans la côte du Viaduc, j’ai eu tout le loisir de constater, comme Chloé et Jean-François avant moi, que même avec un plateau de 38 dents, mon petit braquet restait un peu long … surtout dans l’état où se trouvaient mes pauvres cuisses !
     
    C’est dans la descente vers St-Georges, autour du 90ème kilomètre, que nous avons retrouvé Jérôme (par un phénomène inexplicable, c’est toujours à cet endroit-là que je le retrouve, quelle que soit l’heure à laquelle je pars de Millau, et quelle que soit l’allure à laquelle Jérôme a couru – et ce, depuis qu’on a initié cette tradition du rendez-vous nocturne, en 2014). Nous avons donc escorté Jérôme jusqu’à l’arrivée, lui fournissant de la boisson, de la lumière, et, bien sûr, un fond sonore qui tranchait avec le calme de la nuit millavoise … Que Dominique nous excuse : on a beaucoup parlé boulot, Jérôme et moi, pendant cette dizaine de kilomètres !
     
    De retour à la salle du Parc de la Victoire, Dominique a pris congé de nous, Jérôme est allé se faire masser pendant que je retrouvais Christophe et notre coéquipier Denis (qui avait subi les affres de l’abandon au marathon), puis ils ont dîné (avec mon aide, parce que l’estomac de Jérôme n’était pas encore tout à fait prêt à recevoir un repas complet). Pendant que nous mangions, j’ai assisté à l’arrivée de mon collègue Clément Mettling (encore un chercheur 100-bornard !), qui semblait frais comme un gardon. Il nous a rapidement rejoint pour dîner avec nous.
     
    Et c’est donc vers 2h30 du matin que nous avons rejoint notre camping, que j’ai pu prendre une douche qui s’était longtemps fait attendre, et me coucher, un peu tard, un peu fatigué, mais tellement heureux …
     
    Le lendemain matin, nous avons retrouvé nos voisins de camping, qui avaient les traits tirés comme nous, mais le même sourire aussi. J’ai fait une petite photo avec eux :
     
    Avec nos voisins de camping, les équipiers de Jean-Claude Jubault (de gauche à droite : Valéry, Quinquin, Titi, moi, Jean-Claude et Willie) (crédit photo : un autre coéquipier de Jean-Claude).

     
    Quant au gérant du camping, il avait appris ma victoire, et a commencé par me féliciter quand je suis allé le trouver pour faire l’état des lieux. Quelques minutes plus tard, après avoir consulté sa femme, il venait me dire qu’ils m’invitaient gratuitement dans leur camping pour l’an prochain 🙂
     
    Ma famille m’a ensuite rejoint, nous avons dit au-revoir à tout le monde, puis Chu-Fan et moi sommes allés sur la place du Mandarous pour retrouver Marcel Compan, qui prend chaque année de superbes photos et vidéos de la course (plusieurs de ses photos m’ont servi pour illustrer ce compte-rendu), et qui allait me donner ses archives de 2016 et 2017 (un trésor !). Le fils de Marcel, Cyril, était d’ailleurs le pilote du scooter qui transportait la camerawoman qui filmait les derniers kilomètres des coureurs de tête (voir ci-dessous, rubrique « Bonus multimédia »). Chu-Fan et moi sommes ensuite allés manger dans la Brasserie « Le Mandarous », à proximité de la borne du 99ème kilomètre (en traversant la route, nous sommes tombés par hasard sur une voiture de l’organisation, où se trouvaient Jacques Bréfuel et plusieurs autres organisateurs : ils venaient apparemment de faire un petit tour sur le parcours pour vérifier que tout était en ordre), où j’ai pris l’habitude de manger un aligot-saucisse après mes victoires à Millau … Le patron m’a reconnu, et nous a offert deux flûtes de champagne pour agrémenter notre repas (je commence à rentabiliser mes litres de sueur !).
     
    Avec Antoine Boubal, le patron de la brasserie (et partenaire de la course) (crédit photo : un employé de la brasserie).

     
    Ces marques d’affection que me témoignait tant de monde le lendemain de la course, ainsi que celles des bénévoles après l’arrivée, m’ont beaucoup touché. Plusieurs bénévoles étaient venus me trouver dans la salle après que j’aie enfin lâché mon micro, pour me dire toute leur amitié, et leur plaisir de me voir chaque année sur la course – sur leur course. C’est extraordinaire ce que font ces gens, et en plus, à la fin ils viennent me remercier, alors que c’est à moi de les remercier … Une bénévole m’a dit quelque chose qui allait aussi beaucoup me toucher : « Dans le cœur de tout le monde ici, tu as pris la suite de Michaël Boch ! », le Petit Prince du 100-bornes, qui, après ses victoires, passait ses nuits à accueillir tous les autres concurrents dans la salle du Parc de la Victoire …
     
    C’est donc avec un regard plein de reconnaissance que, en repartant en voiture sur la route qui montait dans les causses, j’ai murmuré à la ville qui s’étalait au pied de la Pouncho d’Agast : « Merci Millau … ».
     
    Comparaison de mes allures (moyennées sur des tranches de 5 km) de 2012 (je n’avais pas de montre GPS avant) à 2018. En gris : profil altimétrique (l’échelle est sur l’axe de droite). En 2018, j’ai été particulièrement rapide sur le premier marathon, particulièrement lent sur le faux-plat entre St-Georges et St-Rome à l’aller, mais plutôt rapide ensuite (y compris, de façon surprenante, sur l’ascension de la côte du Viaduc à la fin).

     
    Évolution des écarts avec les 100-bornards que j’ai accompagnés ou doublés à un moment (Jérôme Andrieu, Fabien, Cédric, Gabriel, Johnny) et ceux que mes proches ont pris en photo horodatée (Jérôme Chiotti, Aurélien).

     
    Bonus multimédia
     
    Cyril Compan (motard de la camerawoman officielle) a mis en ligne ses vidéos filmées en course :

  • Vidéo 1 (au ravitaillement de Tiergues) ; la vidéo montre notamment le passage de Cédric au retour vers Millau, et celui de Jérôme.
  • Vidéo 2 (a partir du faux-plat entre St-Rome et St-Georges, au retour, et jusqu’à Millau) ; la vidéo montre notamment Cédric et moi dans le faux-plat, et mes derniers kilomètres jusqu’à l’entrée dans le Parc de la Victoire, les derniers kilomètres de Cédric et ceux de Jérôme (attention, la qualité de la vidéo est très mauvaise par moments : le flux vidéo était envoyé en direct, de la moto qui circulait entre St-Rome et Millau, aux ordinateurs de YouTube quelque part loin de là, et le signal ne passait pas toujours facilement).
  • Vidéo 3 (qui montre principalement les derniers kilomètres d’Emmie Gellé, première féminine).
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    Stéphane David, reporter à Radio Totem, a réalisé deux interviews après mon arrivée :

  • Interview diffusée en direct le samedi soir.
  • Interview diffusée le dimanche matin.